AU FIL DES HOMELIES

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LE REGARD

Mt 17, 1-8

Vigiles du deuxième dimanche de carême - B

(28 février 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

 

I

l y a dans l'expérience humaine de la rencontre des autres un type de rencontre tout à fait particulier, qui n'est jamais la même, c'est l'expérience du regard.

Il arrive souvent que nous croisions, comme cela, simplement dans la rue, le regard des gens. Et c'est toujours très étonnant, même si ce regard apparemment est vie, il contient toujours énormément de choses. Le regard, même lorsqu'il est éteint, veut toujours dire quelque chose. Or cette expérience de la rencontre du regard est la combinaison de deux éléments.

Le premier est précisément un élément de lumière. C'est pour cela que l'on parle de la "flamme" du regard. La lumière ce n'est pas simplement cette espèce de petit reflet qu'il peut y avoir sur l'iris ou sur la cornée, ce n'est pas simplement un effet de miroir. Mais c'est le fait qu'il y a vraiment une flamme, c'est-à-dire en réalité une sorte de transparence de l'esprit, une sorte d'incarnation de la personne de l'autre qui pour ainsi dire brille dans son regard. C'est le premier élément, cette lumière du regard ; c'est pour cela qu'on dit qu'un regard peut être lumineux. Cette flamme du regard, c'est ce que les peintres ont cherché à saisir de mille et une manières depuis très longtemps.

Mais il y a un deuxième élément dans le regard, c'est le côté de la vie, de l'acte. Le regard est toujours un acte. On vous regarde, les yeux se tournent vers vous. Et là il y a quelque chose de peut-être encore plus fort que la lumière, parce que, précisément, c'est absolument insaisissable. L'acte par lequel vous êtes regardés, l'acte par lequel vous regardez quelqu'un, c'est quelque chose qui ne dure que l'instant du regard, c'est le clin d'œil.

Or précisément l'expérience du regard est à l'intersection de ces deux éléments-là, de la lumière et de la vie rapide, passagère comme un acte, quelque chose qui ne dure qu'un instant, un présent, un présent lumineux. Je crois que ce soir, en entrant dans le mystère de la transfiguration, cette simple réflexion sur le regard humain peut nous aider à comprendre profondément ce qui s'est passé sur la montagne du Tabor.

Ce n'est pas un phénomène lumineux, comme un flash ou un bouillonnement de nuée lumineuse, de nuage, mais c'est fondamentalement que, pour les trois disciples, le regard même de Dieu sur le monde, à la fois lumière et présence vivante, acte vivant, s'est posé sur eux. C'est cela l'expérience qu'ils ont faite. Ils ont compris que Dieu était à la fois lumière et acte de présence, présence qui se donne. Et c'est cela le mystère de la transfiguration. Bien sûr, quand ils contemplaient le visage de Jésus ordinairement sur les routes de Galilée, ils devaient y trouver toujours comme une sorte de pressentiment de cette affaire-là, mais ce jour-là, dans le regard même que Jésus a porté sur eux, à ce moment-là, a transparu vraiment quelque chose de ce regard de Dieu sur le monde et sur chacun d'entre nous.

C'est pour cela que nous vivons toujours, dans la vie baptismale, en régime de transfiguration, c'est-à-dire à la fois l'illumination, la lumière qui est jetée sur nous, et la Pâque, c'est-à-dire l'acte libre par lequel nous nous donnons à Dieu. Et la présence du Christ transfiguré dans nos vies est toujours à l'intersection de ces deux choses : le mystère de la lumière de Dieu et le mystère de l'acte par lequel Il se donne.

Simplement, ce soir, en entrant dans cette fête, essayons de réaliser que c'est pour nous la transfiguration. Ce n'est pas simplement sur un Thabor d'il y a deux mille ans, ce n'est pas simplement dans une sorte de contrefaçon de condition précise, un peu artificielle, mais c'est dans la présence du "maintenant" que se donnent à la fois cette lumière et cet amour présent, vivant de Dieu, sur chacune de nos existences.

 

AMEN


 

 

 

 

 

 
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