AU FIL DES HOMELIES

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DANS LA LUMIÈRE DU HUITIÈME JOUR

Jn 19, 28-34

Vigiles du deuxième dimanche de carême – A

(3 mars 1996)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

F

rères et sœurs, le problème avec la Transfigu­ration est toujours un peu le même. C'est tou­jours le problème de qualifier la lumière, de savoir d'où elle vient et pourquoi elle irradie le visage du Bien-Aimé. Cette lumière n'a-t-elle pas en hiver, en Carême, d'autres harmoniques que celles qu'elle a en été? Comment faire pour commencer notre enquête sur l'origine et les harmoniques de cette lumière ?

Il faut sans doute interroger les témoins. Comme toute la création participe à cette Transfigu­ration, j'aurais sans doute pu interroge les pierres et l'herbe des champs du Thabor. J'ai voulu interroger plutôt les trois témoins que l'on retrouve sur cette icône et dont parle l'évangile. J'ai voulu interroger Pierre, Jacques et Jean pour savoir ce qu'évoque pour eux cette lumière. Il est vrai que pour l'instant, ils sont comme des autruches, la tête dans le sable. Ils sont saisis de frayeur. Ils ne peuvent qualifier cette lumière.

Alors, je m'approche de Jean et je lui dis : "Jean, relève-toi car ta délivrance est proche. Dis-moi la lumière que tu as vue sur le Thabor." Jean, qui est passionné par les commencements, le Jean du début du prologue, se rappelle la lumière de la Ge­nèse, la lumière du premier jour. "Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit. Il y eut un soir, il y eut un matin. Ce fut le premier jour." Jean se rappelle de la lumière primordiale. Cette lu­mière du début de la saison, lorsqu'il n'y a pas encore de touristes sur la plage et qu'on est tout seul avec Dieu. Mais Jean, ce n'est pas la lumière du premier jour ! C'est la lumière du huitième jour, du jour à ve­nir. Regarde comment la lumière est passée du Christ à ses vêtements, puis de ses vêtements à la terre ! Cette lumière, c'est celle que tu verras éternellement. Regarde, Jean, la lumière du prologue, celle qui était sur le Fils. "Le Verbe était la Lumière véritable. La Lumière est venue dans le monde, et le monde ne l'a pas reconnue." Toi, Jean, tu écriras plus tard que l'Agneau est leur flambeau et qu'ils n'ont plus besoin de lumière.

Je m'approche maintenant de Jacques qui pense de suite au texte de l'Exode où l'on voit la gloire du Seigneur s'établir sur le mont Sinaï (Exode24). L'aspect de la gloire du Seigneur était aux yeux des israélites celui d'une flamme dévorante au sommet de la montagne. Moïse entra dans la nuée et monta sur la montagne. Jacques se voit comme un nouveau Moïse qui regarde l'Agneau sur la montagne. Mais, Jacques, c'est le Dieu inaccessible que tu vois se manifester dans une lumière volcanique. Tu vois le Dieu inacces­sible qui essaie de se faire proche à travers les flam­mes et la nuée. Sur le Thabor c'est tout l'inverse, Jac­ques. C'est le visage du charpentier, de celui que tu connais bien, c'est cette humanité qui se trouve tout-à-coup irradiée par la Gloire. Toi, Jacques, tu rêves de faire tomber le feu du ciel sur les gens qui n'accueil­lent pas la parole de Jésus. Mais regarde cette douceur sur le visage du Bien-Aimé. Regarde comme est transfigurée cette humanité. Regarde comme est transfigurée ta propre humanité. Jacques, un jour tu donneras ta vie dans la douceur, un jour tu seras un agneau égorgé. Regarde cette lumière de carême.

Enfin, il reste Pierre. Relève-toi, Pierre, car ta délivrance est proche. Pierre est un manuel. Il est passionné par les mains du Sauveur. Il se rappelle un texte d'Habaquq : "Son éclat est pareil au jour. Des rayons jaillissent de ses mains. C'est là que se cache sa force." Pierre, qui est passionné par les mains du Sauveur qui se mettent tout d'un coup à irradier la lumière, pense que le dernier jour est arrivé. Mais ces mains que tu vois en gloire, Pierre, seront un jour clouées. Elles ne rayonneront plus d'autre gloire que celle de la faiblesse. Un jour, ces mains te donneront la main pour te conduire par-delà la mort, au pays de la Résurrection.

Frères et sœurs, avec l'aide de ces trois té­moins, accueillons cette lumière très particulière de l'hiver, cette lumière de la Transfiguration en hiver. Accueillons cette lumière qui nous achemine vers Pâques, vers le huitième jour. Cette lumière est d'une extraordinaire douceur, c'est celle de l'humanité sainte du Sauveur. Cette lumière mène au Golgotha où Il portera toutes nos souffrances pour les mener en pleine lumière.

 

 

AMEN

 

 
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