AU FIL DES HOMELIES

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DANS LE MURMURE D'UNE BRISE LÉGÈRE, CONTEMPLER SEULEMENT JÉSUS

Vigiles du deuxième dimanche de carême – B

(19 mars 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

E

t levant les yeux, ils ne virent plus personne que Jésus seul ". Sur le chemin vers l'Horeb, Elie a une nourriture qui lui permet de repren­dre courage, et ensuite de pouvoir contempler dans le murmure d'une brise légère, la présence de Dieu. Sur le chemin de la Pâque trois apôtres reçoivent aussi une nourriture, celle de la Transfiguration, pour contempler la présence de Dieu dans le murmure d'une brise légère. "Et eux, levant les yeux ne virent plus personne que Jésus seul ". Il est en réalité de­mandé aux apôtres de pouvoir contempler cette pré­sence telle que Jésus veut bien la leur montrer, une présence qui laisse paraître sa pleine divinité. Le mo­ment est heureux même s'il est troublant, voire ef­frayant pour les apôtres, puisque cela rappelle les magnifiques théophanies de Dieu telles que Moïse a pu les connaître ? Et pourtant, ce n'est pas tellement de cette présence et de cette théophanie, de cette lu­mière de la Transfiguration que les Apôtres doivent vraiment vivre, que de la présence, de la manifesta­tion de Jésus telle qu'Elie l'a saisie et comprise dans le murmure d'une brise légère. Ils doivent, et cela me semble être le sens de la phrase, contempler Jésus seul. C'est seulement Jésus, dans ce qu'Il est, dans son humanité au-delà de la Transfiguration, au-delà du panorama magnifique de la luminosité, et cette bril­lante éclaircie au cœur même de la nuit, il ne reste que Jésus seul, ou seulement Jésus à contempler, "ils ne virent plus personne, et regardant, que Jésus seul". Il est vrai, comme on l'a si bien entendu dans les lectu­res patristiques, que le rapprochement est à faire entre la Transfiguration et la Croix. Cela dit, Croix et Transfiguration sont un réel paradoxe.

Pourtant, c'est à ce moment précis de la Croix que non seulement la divinité de Jésus se révèle, mais que "levant les yeux, ils ne virent plus personne que Jésus seul". Cette phrase évidemment, s'applique au moment de la Croix : levant les yeux, non plus sur quelque montagne, mais bien sur cet autel que cons­titue la Croix. Et là, ne voir plus personne que Jésus seul, il le dit lui-même : "Père, pourquoi m'as-tu abandonné" ? Celui qui disait : "Celui-ci a toute ma faveur, écoutez-le". Seulement Jésus, parce que dans le silence de la Croix, c'est à nouveau le silencieux murmure d'une brise légère, et c'est ce murmure-là, ce silence-là qui doit nous dire pourtant la Présence de Dieu. Paradoxe que celui de cette solitude, de ce mo­ment où Jésus se retrouve seul, et où nous sommes invités à contempler Jésus dans ce silence, dans cette solitude, en ce moment où nous vivons le carême nous dirigeant vers la lumière de Pâques.

Que cette Transfiguration soit aussi pour nous nourriture. Dans les illusions de notre monde mo­derne et dans les lumières si artificielles de notre uni­vers, il faut reconnaître au-delà de toutes ces clartés, de tous ces bruits, seulement Jésus.

Dans les difficultés aussi de notre vie, dans le brouhaha de notre cœur et de nos pensées, lever les yeux et reconnaître en toute situation et en toute per­sonne, Jésus seul, ou seulement Jésus, reconnaître dans tout ce qui va tisser notre vie chrétienne, ce Ca­rême, cet Exode, ce passage vers la Vie et la Résur­rection, regarder à travers toutes nos ténèbres, lever les yeux pour contempler ce Jésus seul, c'est-à-dire Celui qui nous est seulement nécessaire, dans le murmure d'une brise légère, contempler, écouter, Ce­lui qui se fait proche de nous alors que paradoxale­ment c'est peut-être là où on ne l'attendait plus qu'Il se révèle le magnifique Seigneur de Gloire parce qu'Il est, Lui, Jésus le seul qui compte à nos yeux.

 

 

AMEN

 

 
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