AU FIL DES HOMELIES

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MOÏSE ET ÉLIE

1 R 19, 3-13 a

(23 février 1986???)

Homélie du Frère Jean Philippe REVEL

M

oïse et Élie se trouvaient donc aux côtés du Christ Jésus sur la montagne pour la Transfiguration. De cette présence, on peut chercher bien des raisons, je voudrais vous en proposer deux : la première c'est que Moïse et Élie avaient demandé, avec une particulière insistance, à voir la face de Dieu.

Moïse qui était resté sur la montagne du Sinaï, au milieu du feu, des éclairs, du tonnerre, du tremblement de terre, pour y recevoir la Loi qu'il devait transmettre au peuple, Moïse, sur cette même montagne avait adressé à Dieu cette prière : "Fais-moi, de grâce, voir Ton visage !" Moïse dont il nous est dit qu'il "parlait avec Dieu comme avec un ami parle avec son ami" demande à Dieu de voir son visage. Et Dieu lui répond : "Je ferai passer devant Moi toute la splendeur de ma gloire et je prononcerai devant Toi mon Nom, mais voir mon visage, tu ne le peux pas, car l'homme ne peut pas Me voir sans mourir !" Et Dieu avait proposé à Moïse une place dans la fente du rocher et lui dit-Il : "Quand passera ma gloire, Je te mettrai dans la fente du rocher, je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que je sois passé, puis j'écarterai ma main et tu me verras de dos, mais mon visage on ne peut pas Le voir." C'est ce désir de Moïse, ce désir si profond dans le cœur de l'homme de voir le visage de Dieu, de voir le visage de l'ami, c'est ce désir qui n'avait pu que s'ébaucher sur le Sinaï, quand Moïse était caché dans le creux du rocher et qu'il entrevoyait seulement l'ombre, le dos de Dieu qui passait dans toute sa gloire. C'est ce désir qui s'accomplit au jour de la Transfiguration quand, Dieu, enfin, montre son visage aux hommes, quand Il manifeste sa face dans une chair d'homme pour pouvoir être contemplé, Lui que personne n'a jamais vu.

       Et Élie, dans la crainte de la reine Jézabel, Élie qui venait dans la puissance de Dieu de confondre les prophètes des Baals, des faux dieux, Élie qui, sur le mont Carmel, avait organisé avec eux cette compétition leur disant : "Prenez vous-mêmes une bête pour le sacrifice et j'en prendrai une autre, nous les préparons et nous prierons chacun notre dieu pour que le feu du ciel, en descendant sur le sacrifice, manifeste qui est le vrai Dieu", Élie qui avait ainsi obtenu de Dieu sa manifestation éclatante, Élie s'en va dans le désert parce qu'il est poursuivi par la haine de la reine Jézabel qui soutient les prêtres des faux dieux. Élie s'en va dans le désert, et là, Dieu va lui révéler qu'il n'est pas le Dieu qui fait descendre le feu du ciel, qu'il n'est pas le Dieu du tonnerre ni du tremblement de terre, mais qu'Il se manifeste dans la douceur imperceptible d'une brise légère. Et Élie se voilera la face pour se tenir devant Dieu. Et, au jour de la Transfiguration, il verra, enfin, en pleine lumière, cette douceur de Dieu, cette brise légère, cette présence infiniment délicate de Dieu manifesté en Jésus-Christ sur un visage d'homme. C'est certainement la raison fondamentale pour laquelle Moïse et Élie sont présents au jour de la Transfiguration, pour voir ainsi accompli en Jésus-Christ le désir le plus profond de leur cœur, le désir le plus profond du cœur de l'homme.

       Une deuxième raison c'est que, sur cette montagne, le Christ manifeste sa gloire, en annonce de sa Résurrection, de sa Pâque. La Transfiguration c'est le commencement de la Pâque du Christ. Pendant quelques instants, Jésus montre à ses disciples, à Pierre, Jacques et Jean, à qui il vient d'annoncer qu'Il va monter à Jérusalem pour y souffrir, y être bafoué et mis à mort, mais qu'Il ressuscitera, Jésus veut mettre le courage de la foi dans le cœur de ses disciples en leur montrant que, au moment même où Il sera écrasé par les bourreaux et par la haine des hommes, Il sera cependant "la splendeur du Père". C'est pourquoi, pendant quelques instants Il leur dévoile la lumière de sa Résurrection.

       Pourquoi Moïse et Élie sont-ils admis à voir cette lumière de la Résurrection ? Parce que Moïse et Élie ont été dans l'Ancien Testament, ceux qui, mystérieusement, ont préfiguré cette attente de la vie éternelle, cette attente d'un "au-delà de la mort", d'une manière fort différente mais extrêmement belle et mystérieuse pour l'un comme pour l'autre.

       De Moïse, il nous est dit dans la dernière page du Deutéronome qu'il monta sur le mont Nébo et que Dieu lui fit voir toute la terre promise qu'Il allait donner aux enfants d'Israël sous la conduite de Josué, le successeur de Moïse. Ensuite, il y a un passage extrêmement mystérieux. "C'est là que mourut Moïse, serviteur du Seigneur, en la terre de Moab" et la Bible de Jérusalem dit "selon l'ordre du Seigneur". Littéralement il est écrit : "C'est là que mourut Moïse dans la bouche du Seigneur." Beaucoup de rabbins interprètent ces mots en disant : "Moïse mourut dans le baiser du Seigneur."

       Et il y a quelque chose de plus étrange encore, c'est qu'il est dit ensuite : "Moïse qui est mort dans le baiser du Seigneur, Il l'enterra dans la vallée au pays de Moab." "Il" c'est le Seigneur Lui-même. Le texte nous dit en propres mots que c'est Dieu qui est venu enterrer Moïse. C'est pourquoi, "jusqu'à ce jour, personne n'a connu son tombeau." Puisque c'est Dieu seul qui, de ses propres mains, est venu enterrer Moïse en signe de cette intimité qui était la sienne avec son ami, le préparant en quelque sorte de ses propres mains, à cette résurrection future qu'Il lui annoncerait au jour de la Transfiguration et qu'Il lui donnerait au jour de sa Pâque.

       Quant-à Élie, il nous est raconté qu'il n'est pas mort, mais qu'il s'en est allé au-delà du Jourdain, et son disciple Élisée l'a suivi, pressentant que quelque chose d'étrange allait se passer. A plusieurs reprises Élie a essayé de dissuader Élisée de le suivre : "Reste donc, je vais juste quelques pas plus loin !" mais Élisée s'accroche aux pas de son maître et ils passent le Jourdain. Élie dit à Élisée : "Que puis-je faire pour toi, avant d'être enlevé d'auprès de toi ?" Élisée demande à recevoir le même esprit qui était sur son maître. Élie lui dit : "Tu demandes une chose difficile, mais si tu me vois quand je serai enlevé d'auprès de toi, cela t'arrivera."

       "Et tandis qu'ils marchaient en conversant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux et Élie monta au ciel dans le tourbillon de feu." Élie donc, d'après le texte de la Bible n'est pas mort, il a été enlevé. Il a été enlevé au ciel dans le char de feu qui est le char de la gloire de Dieu, le feu de l'Esprit de Dieu et c'est pourquoi Élie est celui qui témoigne que la vie ne se termine pas avec la mort mais qu'elle se prolonge dans une vie plus profonde. Et c'est une annonce, voilée certes, mystérieuse mais une annonce particulièrement chère au cœur du peuple hébreu de la résurrection des morts, cette résurrection qui s'accomplira dans le Christ Jésus au jour de sa Pâque, préfigurée par sa Transfiguration.

       Nous avons, je l'espère, nous aussi dans notre cœur ce double désir : le désir de voir le visage de Dieu et le désir de vivre éternellement avec Lui. Ces deux désirs, Jésus est venu pour y répondre, nous montrant le visage de Dieu en un visage d'homme, et nous apportant par sa Pâque la Résurrection et la vie éternelle. Qu'en cette fête de la Transfiguration, avec Moïse et Élie, nous nous approchions avec ferveur et en même temps avec une sorte de crainte, de ce mystère si profond et si grand qui nous est annoncé : oui, Dieu est notre ami, Il nous fait voir son visage, Il nous comblera de joie avec son visage et la vue de son visage sera pour nous la vie qui n'aura pas de fin.

       AMEN


 

 
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