AU FIL DES HOMELIES

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TEL UN ARBRE PLANTÉ AU BORD DES EAUX

Jr 17, 5-8+13-18 b

(15 mars 2001)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Camarès : Le Dourdou  

L

a lecture du livre de Jérémie comme la lecture de l'évangile se répondent aujourd'hui. On pourrait d'ailleurs retenir en premier lieu cette parabole qui est sans concession : celui qui a reçu richesses et biens, celui qui faisait bonne chère, celui qui s'habillait de lin fin il est désormais dans les tourments, certainement parce qu'il ne s'est pas intéressé à l'autre, tandis que le pauvre Lazare, dont je dirais qu'il n'avait plus rien, mais même ses ulcères servaient au moins aux chiens, lui a la récompense dans le sein d'Abraham.

         Il y a ce même aspect qui semble être aussi sans concession, que celui qui a été béni sur la terre par rapport à celui qui n'a rien eu, chacun trouvant sa récompense, est signifiée ainsi dans le livre du Jérémie : "Maudit l'homme qui se confie en l'homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s'écarte de Dieu. Il est comme un chardon dans la steppe, il ne ressent rien quand arrive le bonheur, il se fixe aux lieux brûlés du désert, terre salée où nul n'habite." Et Jérémie dit aussi : "Béni l'homme qui se confie en Dieu et dont Dieu est la foi. Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux qui tend ses racines vers le courant, il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert dans une année de sécheresse, il est sans inquiétude, il ne cesse pas de porter du fruit." Il y a, on le voit opposition, et il y a là une dialectique qui s'opère puisque l'homme qui est comblé, en soi, qui se confie en l'homme, en la chair, c'est pourtant celui-là qui connaît le désert, y compris dans cette proximité de confiance en l'homme, cette proximité de confiance dans la chair, c'est-à-dire dans tous les biens que l'on peut connaître. Tandis que celui qui se confie en Dieu, et ce devait être le cas, nous l'imaginons, du pauvre Lazare, il ressemble à un arbre planté près du cours des eaux, il a un feuillage qui est vert, il ne connaît même pas de peine dans les années de détresse et d'inquiétude, or on se rend bien compte quand on se confie en Dieu, il y a cependant des moments de sécheresse, et la pauvre Lazare nous montre bien qu'apparemment il n'est pas béni.

        Il me semble que cela ne signifie pas d'abord pour nous que celui qui vit des biens de cette terre, celui qui vit dans ce qu'on pourrait appeler le temporel est forcément maudit, par rapport à celui qui vit uniquement du spirituel. Parce qu'il y aurait une sorte de confusion au sujet de l'agir religieux : rejeter finalement tout ce qui est d'ordre temporel pour ne s'intéresser qu'à ce qui est spirituel. On connaît aussi des gens qui en ont fait courir d'autres à la catastrophe uniquement sous prétexte de biens spirituels. Je crois qu'il ne s'agit pas de cela, parce qu'il n'y a as en Dieu de dualisme, on ne choisit pas le monde contre Dieu, on ne choisit pas l'homme contre Dieu, on ne choisit pas le temporel contre l'éternel. Non, le secret de la foi chrétienne, c'est au contraire de tout assumer et de redonner aux choses leur vraie place, d'assumer les biens de ce monde, tout ce que ce monde porte, non pas pour s'y arrêter mais pour le porter à son ultime achèvement. C'est ce qu'a fait Jésus-Christ Lui-même en s'incarnant, prenant chair, Il a assumé tout ce qu'est ce monde pour lui conférer la plénitude de sa divinité, pour que quelque chose de la chair de l'homme entre dans le sein de Dieu. Le vrai choix dans ces cas-là, c'est de ne pas se tromper d'homme ni de chair. Il faut prendre l'homme Jésus pour qu'Il nous conduise à Dieu. Il faut prendre la chair quand on est chrétien, il faut prendre la chair du Christ, il faut prendre son Corps qui est l'Église et la réalité de la Parole de Dieu qui est plus incisive et tranchante qu'un glaive. Il faut prendre aussi cette réalité que nous présente à travers les gestes et les signes, la vie sacramentelle, quand nous disons que nous communions au Corps et au Sang du Christ, ce n'est pas une idée, c'est une réalité. Et nous manifestons que nous ne nous sommes pas trompés, c'est comme cela que nous manifestons que l'homme n'a pas rejeté le monde ni la chair, mais il a trouvé le vrai corps, celui du Christ, celui de son Église, qui nous donne alors effectivement d'être comme un arbre dont le feuillage est toujours vert, qui nous donne d'être comme un arbre planté au bord des eaux.

       AMEN

 

 
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