AU FIL DES HOMELIES

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LE SEMEUR INSOUCIANT

1 R 19, 1-8; Mc 4, 1-20

(3 mars 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

I

 

l est bien curieux ce semeur qui n'a apparemment aucun souci de l'endroit où va tomber sa semence? Ce semeur insouciant qui sème à tout vent et à tous terrains, comme s'il avait trop de grains, ou comme s'il n'avait pas d'inquiétude vis-à-vis de l'avenir, de la récolte à venir.

Ce semeur insouciant c'est le Seigneur Lui-même. Il n'est pas insouciant du tout. Bien au contraire, il fait attention à ce que tout terrain, tout homme, reçoive la même graine, la même semence, la même Parole. Car Dieu ne fait pas acception des personnes. Il ne donne pas moins aux uns et plus aux autres. Chacun reçoit sa part, c'est-à-dire la totalité de la grâce. Ce n'est pas une insouciance, bien au contraire, c'est la marque de sa providence. Il pourvoit chaque homme et chaque terrain de sa vie.

Mais voilà. De même qu'il y a plusieurs terrains dans cette parabole, il y avait aussi plusieurs auditoires autour de Jésus. Il y en avait au moins deux qui sont d'ailleurs signifiés de façon géographique. Il y a ceux qui sont tout près, comme les douze qui entourent Jésus, qui sont tout proches de Lui et ceux qui sont plus loin à l'extérieur du cercle des proches et des amis. Et la façon dont les uns et les autres reçoivent la Parole, la semence de Dieu est fort différente à cause de leur situation par rapport à Jésus.

A ceux qui sont proches, aux disciples, Jésus dit : "A vous il est donné de connaître les mystères" alors qu'aux autres, Lui-même le dit, ceux qui sont loin, ils ne reçoivent cette chose qu'en paraboles, c'est-à-dire de façon incomplète, de façon encore inachevée. Pourquoi cela ? Parce que, pour être reçue, et être comprise dans ce qu'elle nous transmet, la Parole de Dieu exige de nous d'être proches de Dieu. Car Jésus le laisse deviner, ceux qui sont loin croient, mais ne voient pas. Ceux qui sont loin entendent, mais ne comprennent pas. Ceux qui sont proches voient le visage de Jésus et découvrent le regard du Père dans ses propres yeux. Ceux qui sont proches entendent la Parole de Jésus et comprennent que c'est Dieu qui leur parle. Mais cette compréhension du mystère n'est donnée qu'à ceux qui sont dans cette proximité, dans cette familiarité. Et c'est vrai que plus on est proche, plus on comprend, plus les paroles sont chargées de leur sens et plus la richesse de ces paroles nous est donnée, nous est communiquée de façon directe.

Alors, frères et sœurs, pour nous, aujourd'hui, il faut savoir où nous en sommes de notre proximité de Dieu. Ou bien nous sommes tout près de Lui ou bien nous sommes éloignés. Et peut-être y a-t-il dans notre vie, dans notre réflexion un critère pour essayer de découvrir cela. Est-ce que nous comprenons les choses de Dieu comme des paraboles ou comme des mystères ? Est-ce que nous comprenons notre propre vie dans la lumière immédiate de Dieu ou dans une sorte de discours intérieur, même s'il est religieux ou spirituel, mais qui ne nous donne pas la clé même, le sens, la signification de ce que nous vivons, de ce que nous rencontrons, de tout ce que le monde vit. Et nous disons souvent, par rapport à des événements de notre vie, "Je ne comprends pas ce qui m'arrive !" "Comment Dieu peut-il permettre cela ?" Quel est le lien entre ce que je vis et ce que Dieu veut ? Et bien, pour découvrir ce lien, il faut s'approcher de Dieu. Pour découvrir notre vie, pour laisser notre regard être porté par la lumière de Dieu, il faut s'approcher du visage du Christ. Pour que la Parole de Dieu soit comprise non pas comme quelque chose qui nous donne une vague orientation, comme une figure, comme une parabole, comme une image, mais comme le don même du mystère de Dieu, il faut s'approcher de la présence même du Christ, car Lui est Parole, non seulement ses mots, non seulement son regard, mais sa présence, son cœur et ses gestes.

C'est ainsi que cette Parole de Dieu pourra porter du fruit en nous, si nous savons nous rapprocher du Christ, de façon continuelle, de façon permanente. Nous ne pouvons pas, même si nous sommes souvent tentés, faire comme Elie, rester à quarante jours de marche, nous asseoir sous un arbre en attendant que la dureté du temps passe, que la compréhension, un jour, s'éclaircisse. Non, il faut que nous fassions comme ce prophète que nous partions et que nous rejoignions Dieu, que nous rejoignions sa montagne, même s'il faut quarante jours et quarante nuits de marche. Et Dieu Lui-même sait que cette marche est difficile, Dieu sait que nous ne comprenons pas toujours ce qui se passe dans notre vie, mais Lui-même nous donne la nourriture, comme Il a donné le pain et l'eau au prophète Élie. Lui-même est providence. Lui-même envoie sa semence dans notre propre cœur. Isaïe le disait déjà : "Écoutez ma Parole ! Ouvrez l'oreille et approchez de Moi ! Écoutez et vous vivrez !"

Si nous voulons vivre, il faut nous approcher de Dieu. Plus nous nous approcherons de Dieu, plus nous comprendrons sa parole et sa Parole nous invitera à une proximité encore plus forte, encore plus intime avec Dieu.

 

AMEN


 
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