AU FIL DES HOMELIES

Photos

LAZARE ET LE RICHE

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Mercredi de la deuxième semaine de carême – A

(22 mars 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Le tourment des damnés

L

 

a supplique de ce riche dans les enfers est bien émouvante. C'est vraiment de tout son cœur qu'il doit regretter ce qui s'est passé, et en tout cas, il désire de toutes ses forces que le sort futur de ses frères ne ressemble pas au sien. Supplique, émouvante, et la réponse d'Abraham est une réplique dure. Il n'écoute pas cette supplique, cette intercession de celui qui est condamné et qui implore en faveur de ses frères. Pourquoi ? Parce qu'on ne joue pas avec la Parole de Dieu.

Le thème de cette histoire de Lazare et du ri­che que Jésus raconte est tissé sur cette fidélité à la Parole de Dieu qui a été donnée au peuple juif et à tous les hommes, depuis Abraham, en passant par Moïse et les prophètes. Dans les versets qui précèdent, Luc rapporte ces paroles de Jésus : "Il est plus facile que le ciel et la terre passent que ne tombe un seul menu trait de la Loi." Puis, il y a une allusion à la fidélité à cette Loi dans le signe de l'indissolubilité du mariage. Ensuite Luc raconte ce texte de Lazare et du riche. La fidélité à la Parole de Dieu, c'est celle qui a été donnée et vécue par le père, par Abraham. "Abraham a cru et cela lui fut compté comme justice". Il est le Père des croyants. Il est celui en qui notre foi s'origine, mais il est aussi celui qui accueille, en son sein, c'est-à-dire à la porte du Royaume, celui qui fait entrer dans le Royaume de Dieu tous les hommes qui, à son exemple, ont cru sur la seule parole qui leur a été donnée de Dieu, et sur rien d'autre même quand cette parole, apparemment, se contredisait elle-même, comme par exemple, lorsque Dieu lui promet un fils qu'Il veut, ensuite, lui reprendre.

Cette fidélité à la Parole, c'est celle que Moïse a reçue et vécue, dans l'adoration du Dieu Vivant, dans l'adoration du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. En se prosternant sur la montagne, au cœur de la théophanie, Moïse reçoit la Loi. Il l'inscrit dans son cœur pour la transmettre au cœur de chaque membre de son peuple. Cette Parole c'est celle des prophètes, celle qu'ils ont reçue et celle qu'ils l'ont vécue, comme le prophète Jérémie. Cette Parole, parce qu'elle n'est plus celle de l'adoration du Dieu unique, devient appel pressant à la conversion, car les hommes se sont rabattus sur les choses humaines et ils ont abandonné la source d'eau vive et leur cœur s'est desséché.

Le riche est un type de ces hommes que nous sommes peut-être, qui abandonnons la source vive pour des illusions, pour des mirages, pour des richesses passagères qui, petit à petit, creusent en nous un abîme qui peut devenir infranchissable entre Dieu et nous, cet abîme que l'éternité fixe pour toujours. La fidélité à la Parole, c'est à cela que nous sommes appelés aujourd'hui. Ne nous demandons pas si nous sommes d'un côté ou de l'autre de Lazare ou du riche, car nous sommes probablement des deux selon les moments de notre vie, la ferveur de notre cœur ou l'oubli de la Parole de Dieu.

Lazare est là. C'est le seul qui, dans cet évangile, est silencieux, tant pendant sa vie terrestre qu'au-delà dans le sein d'Abraham. Que faisait-il donc au portail du riche, si ce n'est de murmurer dans son cœur cette Parole de Dieu, reçue d'Abraham de Moïse et des prophètes et qui était, dans son extrême pauvreté humaine, dans sa souffrance, sa seule consolation, sa seule source d'eau vive, le seul signe qui lui permettait de vivre et d'attendre, dans l'espérance, la consolation promise à ceux qui persévèrent dans cette Parole ? C'est dans le silence que Lazare attendait son Dieu comme Celui qui allait le guérir, comme Celui qui allait le nourrir, comme Celui qui allait le rafraîchir.

La Parole de Dieu, nous devons peut-être, en ce temps de Carême, la retrouver comme source vive, la retrouver dans sa vivacité car comme dit l'apôtre : "Elle est vivante, cette Parole de Dieu !" Nous devons la méditer dans le silence, personnellement, en retrouver les arêtes vives, en retrouver toute la force de nourriture pour toutes les situations de notre vie, en retrouver une fidélité plus réelle, moins abstraite, moins spiritualiste peut-être une fidélité plus charnelle, une fidélité qui lie chaque instant de notre vie comme chaque aspect de notre être à la présence de Dieu. Nous avons Abraham, nous avons Moïse, nous avons les prophètes et nous avons Jésus, la Parole de Dieu incarnée. Rien d'autre ne peut être source de notre conversion et de notre espérance.

C'est ce signe de la Parole que nous avons entendue, que nous avons reçue, dont chaque jour, nous nous nourrissons. Nous avons, nous les miettes qui tombent du cœur de Dieu, mais peut-être que nous ne faisons aucun effort pour les ramasser. Il n'y aura pas d'autre signe. Il n'y aura pas d'autre prophétie, même si les morts ressuscitent, même si les gens viennent du ciel ou des enfers. Abraham le dit, cela ne nous convertira pas, si nous ne fréquentons pas régulièrement la Parole de Dieu. En elle seule, nous avons le salut pour aujourd'hui, la consolation pour demain. Si nous cherchons autre part nos sources vives, nous ne faisons que fréquenter des puits desséchés, et cela est, dès aujourd'hui, quelque chose de stérile pour notre vie.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public