AU FIL DES HOMELIES

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PAUVRE LAZARE

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de carême – C

(27 février 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

P

our comprendre la portée de cette parabole du riche et du pauvre Lazare, il faut d'abord réali­ser que la notion de pauvreté n'est pas du tout la même dans le monde sémitique contemporain de Jésus et dans notre monde actuel. Aujourd'hui, à la suite de nombreux bouleversements culturels dont certains sont en grande partie dus au christianisme, le problème se situe en termes de conquête d'autonomie. Si au cours du carême on est si attentifs à aider nos frères plus pauvres, c'est toujours dans cette optique en grande partie justifiée, de leur donner les moyens d'une autonomie économique à laquelle ils ont droit et que nous-mêmes qui sommes plus avancés sur le chemin nous devons par solidarité leur rendre ce ser­vice. Cela a pour conséquence que la pauvreté est pour nous, fondamentalement, quelque chose à bannir de notre existence. C'est quelque chose de négatif, c'est l'occasion de souffrance, de misère et de grands maux.

En réalité, dans le monde tel que le connais­sait Jésus de Nazareth, le mot de pauvreté n'évoquait pas d'abord cette signification-là. Pauvre évoquait essentiellement une situation de dépendance. Etre pauvre, cela voulait dire dépendre, pour sa vie et sa survie de l'attention des autres. C'est ainsi que dans tous les systèmes des sociétés anciennes, se sont constituées des "clientèles". Il y avait quelqu'un qui était riche, c'était bien reconnu et admis par la société, et une grande partie de son budget servait à aider les pauvres par des aumônes. Et le critère riche-pauvre était d'abord un critère d'appartenance de société, non pas de richesse économique. C'était ou bien s'en sortir tout seul dans la vie, avoir les moyens qui permettent de mener une existence parfaitement autonome, ou bien au contraire être dépendant des autres. Et préci­sément, si dans les civilisations sémitiques, l'aumône a tant d'importance, c'est parce qu'elle est le devoir de solidarité fondamental. On donne, c'est-à-dire on re­connaît qu'on a, en face de soi, un frère humain qui est dans le besoin, et par le seul fait qu'il est dans le besoin, devant vous, s'impose une sorte de devoir de l'aider. Ce n'est plus la conception des choses que nous avons.

Ceci nous éclaire pour la parabole, car le fond même du péché du riche c'est précisément d'avoir voulu affirmer à la face de Lazare, et donc à la face de Dieu, une autonomie absolue. Il n'a besoin de rien. Il ne dépend pas de Dieu, puisque, précisément, il ne reconnaît pas sa solidarité avec ses autres frères plus pauvres. Toute sa vie, il la gère par lui-même et pour lui-même. Par conséquent, il n'attend plus rien de personne. Par conséquent, lorsqu'il paraît devant Dieu, il n'a pas besoin de Dieu. Il n'a jamais fait, dans son cœur, l'expérience profonde de la dépendance de Dieu. Et c'est la raison pour laquelle Lazare qui, lui, a fait radicalement l'expérience de la dépendance des autre, et Dieu sait à quel prix, lui, lorsqu'il paraît devant Dieu, parce qu'il a besoin de Dieu, parce qu'il est pauvre, il entre dans le sein d'Abraham. Enfin il a trouvé celui dont il peut être "le client". Il devient pour ainsi dire le client d'Abraham, comme il aurait voulu être le client du riche sur cette terre, pour pouvoir vivre.

Je crois que pour nous c'est important car cela nous montre où est la racine de notre péché. La plu­part du temps, la racine de notre péché, elle est là : nous croyons être les possesseurs de ce dont nous ne sommes en réalité que les gérants. Nous sommes en totale et radicale dépendance de Dieu et tout ce que nous sommes est radicalement don de Dieu. Si nous croyons au Dieu Créateur et Seigneur de l'univers, c'est que nous affirmons d'emblée que, quelle que soit notre manière de nous d"brouiller dans la vie, nous sommes radicalement dépendants de Dieu. Et à partir du moment où nous ne reconnaissons pas ce que nous sommes et ce que nous avons comme don de Dieu, nous faussons le sens même de notre relation avec Dieu, nous faisons taire en nous cette pauvreté qui, loin d'être un méfait, est en réalité le premier pas vers une véritable conversion.

Que ce chemin du carême nous mette en face de notre radicale pauvreté devant Dieu et qu'il nous fasse découvrir que le sens véritable de notre exis­tence c'est de savoir que nous avons besoin de Lui et que tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons est don de Lui.

 

AMEN

 

 

 
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