AU FIL DES HOMELIES

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LE GRAND ABÎME

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de carême – A

(19 mars 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

et abîme dans lequel sont plongés ceux qui ont été comblés sur la terre, alors que le pau­vre Lazare se trouvé comblé dans le sein d'Abraham, ce grand abîme n'est pas un rétablisse­ment de l'équilibre de la justice, ce n'est pas non plus une punition que Dieu infligerait au riche pour ne s'être pas occupé de Lazare. Ce grand abîme c'est la révélation, aux yeux du riche, d'une situation qui existait déjà sur la terre, avant sa mort et celle de La­zare, une situation qu'il a lui-même créée par sa ma­nière d'agir. Cet abîme c'est celui de "l'incommunica­tion", c'est l'abîme produit par le manque d'amour et par conséquent qui vient du manque total de commu­nication entre celui qui n'aime pas et celui qui n'est pas aimé. Quand ils étaient sur la terre, l'abîme exis­tait déjà, simplement, le riche ne s'en rendait pas compte. L'abîme, c'était l'abîme d'indifférence et d'égoïsme de ce riche qui a passé toute sa vie dans un palais, sortant du palais pour aller en ville ou pour aller se promener à la campagne, mais qui n'a jamais "vu" le pauvre qui était à sa porte. Or il y était. Lazare était tout près du riche, tout au long de sa vie. Il était là, sur son tas de fumier, devant le portail du riche. Mais jamais le riche ne s'en est inquiété, il ne l'a peut-être même jamais aperçu car il pensait à tout autre chose. Il avait sans doute des soucis, des occupations graves, il lui fallait gérer ses affaires, sa fortune, il fallait qu'il aille jouer aux courses ou à la bourse, que sais-je ? Il avait donc des occupations "graves" qui occupaient son esprit. Comment aurait-il pu, chemin faisant, se rendre compte qu'il y avait là quelqu'un, quelqu'un de misérable et d'aucune importance, assis devant sa porte ?

Et ainsi s'est creusé l'abîme du non-amour, entre le riche et Lazare. Et, à leur mort, c'est simple­ment cet abîme qui existait déjà et qui tout d'un coup est révélé à leurs yeux. Le riche découvre qu'il y a, entre lui et son frère, une immensité d'inattention, d'indifférence, d'incompréhension, d'égoïsme, d'omis­sion. L'enfer c'est sans doute cela. C'est quelque chose que nous sommes peut-être en train de creuser nous-même autour de nous, parce que ces péchés d'omis­sion que, par définition, nous connaissons mal, que nous avons du mal à recenser, qui sont peut-être in­conscients, ce qui n'est pas une excuse, car si l'on ne fait pas exprès de voir quelqu'un qui est là, le fait est là tout de même qu'on ne l'a pas vu, et qu'il avait peut-être besoin qu'on le voie, car si nous l'avions vu nous aurions pu peut-être l'aider ou au moins avoir à son égard une pensée, un geste, une réalité fraternelle. L'abîme, nous sommes peut-être en train de le créer autour de nous par ces innombrables péchés d'omis­sion que nous commettons chaque jour. La plupart d'entre nous, nous ne tuons personne, nous ne volons probablement pas, nous ne nous permettons pas d'en­trer dans des crimes ou des fautes extrêmement graves et voyantes, mais nous commettons beaucoup de pé­chés d'omission. Il y a non seulement péché à faire le mal, mais il y a péché à ne pas faire le bien. si le pé­ché est un manque d'amour, le manque d'amour peut être la haine, mais peut-être aussi simplement une absence d'amour là où il aurait dû être le mal c'est la privation d'un bien qui est dû. Ce bien qui devrait être là c'est l'amour qui devrait remplir notre cœur car si notre cœur n'est pas rempli d'amour, nous sommes, objectivement, dans le mal, nous sommes dans le péché, même si nous n'avons posé aucun acte délic­tueux.

Que cette parabole du riche et du pauvre La­zare nous invite à regarder de plus près notre vie quo­tidienne et cette quantité innombrable d'occasions manquées, ce nombre incalculable d'actes d'amour que nous n'avons pas posés. Que ce carême soit pour nous un temps de conversion, non seulement en re­nonçant à nos passions, mais aussi en permettant à Dieu de susciter en nous cette passion de l'amour qui devrait nous brûler le cœur, nous ouvrir les yeux et nous faire agir, dans toutes sortes de circonstances auxquelles probablement nous n'avons jamais pensé.

 

AMEN

 

 

 
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