AU FIL DES HOMELIES

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LAZARE ET LE MAUVAIS RICHE

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de Carême – B

(28 février 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

omme souvent dans l'évangile, lorsque Jésus s'adresse aux hommes en parabole, il y a toujours une leçon à tirer. Et comme souvent dans l'évangile, cette parabole s'adresse aux phari­siens. Jésus doit aimer beaucoup les pharisiens car Il leur parle bien plus souvent qu'aux autres. La leçon de cette parabole est assez simple. En fait il y en a une sur la justice et une sur la charité.

Nous sommes dans une partie d'évangile où il est essentiellement question de justice. Quand Lazare et le riche vivent sur la terre, ils ont une situation donnée et lorsqu'ils se retrouvent dans l'au-delà, dans la mort, les situations sont inversées et chacun reçoit selon ce qu'il a vécu sur la terre. Il y a donc une pure notion de justice : est rendu à chacun ce qu'on lui doit.

Il est aussi question de charité en ce sens que, dans la vie courante, entre Lazare et le mauvais riche, il semble justement ne pas y avoir de charité. Mais si on va plus loin, on pourrait se dire qu'il y a certaine­ment un renversement dans l'au-delà et qu'enfin dans l'au-delà est exercée la charité. Et nous restons un peu sur notre faim car le mauvais n'a pas droit à la charité qu'il aurait pu espérer. La justice de Dieu ne semble pas dans ce cas-là dépasser la justice des hommes ou en tout cas, la charité de Dieu ne semble pas exem­plaire. Ce serait le premier stade de notre méditation, mais il faut aller plus loin.

Si cette parabole s'adresse aux pharisiens c'est qu'ils sont les maîtres de la Loi. Les pharisiens lisent Moïse mais lisent-ils assez souvent les prophètes ? Je ne mets pas en doute leur lecture de la Bible, mais il y a là quelque chose d'important. Les pharisiens sont les mauvais riches. Ils se parent de la pourpre de la jus­tice. Ils se revêtent de leur propre gloire en pratiquant la justice. La notion de justice est à ce niveau-là fausse. Pourquoi ? Parce que Dieu seul est juste. Et la notion de justice est à rapprocher directement de la notion de sainteté. Donc l'homme ne peut par lui-même trouver sa propre justice. Dieu seul peut justi­fier. Cela ne veut pas dire que Dieu nous recouvre de sa justice mais qu'Il vient dans notre cœur pour que se réalise entre Lui et nous un ajustement. L'homme doit être mis en face de Dieu et capable de le regarder.

Ainsi les pharisiens qui connaissent la Loi par cœur ne sont pas capables, en la pratiquant, de trouver une justification. Ils ne sont pas capables de s'ajuster à la sainteté de Dieu car ils ne se laissent pas ajuster par Dieu. Et en ce sens, ils sont en train de créer, aux yeux des hommes, un véritable abîme.

Ainsi donc cette parabole a un élément im­portant, c'est celui de l'abîme. En effet, Lazare et le mauvais sont séparés par un véritable abîme, mais cet abîme n'existe pas seulement dans l'au-delà. Il n'est que le reflet du même abîme qui existait déjà sur terre entre les deux. La pratique de la justice des pharisiens les éloigne des autres hommes au lieu de les en rap­procher le propre de la justice c'est de porter un re­gard sur l'autre, sur ce qu'il est réellement et non pas un principe d'éloignement des hommes. Donc la jus­tice pratiquée par les pharisiens crée déjà un abîme sur la terre. Il y a une séparation. Cet abîme ne fait que se répercuter dans l'au-delà. Lazare n'a pu se re­couvrir que de sa misère, il ne laisse transparaître extérieurement que ses ulcères qui ne servent qu'à nourrir les chiens. La justice qui ne devrait être qu'une plénitude de relation, une révélation de ce qu'est vraiment un homme, devient là un paravent, un mas­que dont se couvre le mauvais riche. Lazare au contraire laisse transparaître ce qu'il est réellement, il laisse apparaître ses plaies. Donc l'abîme se creuse et se poursuit.

Mais l'abîme dans lequel est tombé Lazare en appelle un autre. L'abîme appelle un autre abîme, celui de la justice enfin réalisée dans l'au-delà et cette justice ne manque pas de charité. Au contraire, pour que la charité s'exerce, elle a besoin de la justice. Il ne peut y avoir de charité sans justice vice-versa. Et c'est bien pourquoi Jésus dit Il faut lire la Loi, mais il faut lire aussi les prophètes. L'un ne va pas sans l'autre. Et donc, le Christ, Lui qui est le seul juste, s'inscrit bien dans ce déroulement, dans cette révélation continue de l'homme juste c'est-à-dire enfin réconcilié et aimé de son Dieu. Comme à la Transfiguration nous dé­couvrons la Loi et les prophètes, Moïse qui donne aux hommes le visage même de Dieu et dans les prophè­tes la façon même d'exprimer ce que Dieu nous a donné dans la Loi.

Nous poursuivons notre route de Carême, nous avançons sur la route de la Loi et des prophètes. Il s'agit de nous laisser saisir par le Christ pour qu'Il vienne à l'intérieur de nous-mêmes pour nous rendre saints. Nous n'avons pas à nous parer de justice, de christianisme, à nous recouvrir du manteau de pourpre rayonnant de notre foi. Il nous faut la laisser surgir, comme un ulcère peut-être, pour qu'elle soit transfigu­rée. Il faut créer en nous un abîme non pas de sépara­tion d'avec les hommes mais un appel à la miséricorde de Dieu pour qu'Il nous remplisse de sa justice car dans l'au-delà elles ne font plus qu'un.

 

 

AMEN

 

 
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