AU FIL DES HOMELIES

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BOUGIE ET SOLEIL

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

(3 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL 

 

Ambialet : signes de prière

 

J

e voudrais simplement, en quelques mots, vous offrir une image qui nous permettra de comprendre ce qui explique l'abîme qui existe entre les pauvres et les riches.

Cette parabole contient en gros trois tableaux. Le premier est du vivant de Lazare et du mauvais riche, le second se trouve dans le "sein d'Abraham" vers lequel le riche crie misère et demande un peu d'eau pour rafraîchir ses lèvres ; le troisième présente l'intercession du mauvais riche qui n'avait pas si mauvais cœur que cela puisqu'il pense à ses cinq frères et demande qu'on envoie Abraham pour les convertir.

       Au milieu du second tableau, il y a cette phrase étonnante : "Un abîme a été fixé" entre les riches et les pauvres, comme si la punition un peu sévère, (ou du moins radicale) proposée par la parabole, semblait dire qu'une fois que cet abîme est fixé, il n'y a plus possibilité, même pour Dieu, de le combler. Cela veut dire que, de fait, les mauvaises actions de cette terre portent déjà en elles l'amertume et leur perdition. Je crois que c'est cela la leçon même de la parabole.

       Qu'est-ce que cela veut dire pour nous, en ce temps de carême, sur ce pont de la transfiguration à la samaritaine, puisque nous sommes entre deux dimanches, l'un de la lumière et l'autre de l'eau ? C'est que, après avoir été éclairés un court instant par cette gloire de Dieu, il nous est demandé d'aller chercher l'eau. Après avoir été touchés par l'intimité et en même temps la puissance de Dieu qui veut nous rejoindre là où nous sommes, c'est cela la transfiguration, il nous est demandé de nous mettre en route afin de réclamer une eau comme la samaritaine réclamera à Jésus une eau pour n'avoir plus jamais soif, une eau de vie éternelle.  

       Ce qui nous empêche de nous mettre en route, c'est que nous ne savons pas très bien comment nous décrisper de notre vie d'ici-bas et des biens que nous avons eu l'habitude d'amasser. Alors je vous propose une image toute simple, puisée dans la philosophie ancienne, celle de la bougie et du soleil. Quelqu'un qui n'aurait jamais vu le soleil et qui ne connaîtrait que la bougie, celui-là connaîtrait aussi la fragilité de la bougie que le moindre courant d'air fait vaciller et menace d'éteindre et qu'il faut transporter avec soi pour voir un peu plus loin. Si on lui annonce qu'une autre lumière existe, une lumière qui pénètre les recoins les plus sombres, une lumière qu'on ne peut pas transporter avec soi mais qui est là partout présente, il n'est pas forcé de vous croire s'il n'a jamais vu le soleil. Or la transfiguration nous donne le sens qu'une lumière du type même du soleil, que la lumière de Dieu puisse briller dans nos ténèbres et que nous n'avons plus besoin de nos bougies d'ici-bas pour aller plus loin.

       Alors, sur un chemin de carême, sur ce pont lancé entre la gloire de Dieu et l'eau du côté du Christ offert pour le salut du monde, lâchons nos bougies, même si nous marchons encore un instant dans l'obscurité, car derrière ces rideaux que nous avons tirés, brille la lumière éternelle de la Résurrection.

       AMEN 


 

 
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