AU FIL DES HOMELIES

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LE PAUVRE LAZARE

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de carême – C

(19 mars 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

a parabole prise par le Christ en cet évangile se déroule en deux tableaux symétriques. Le premier relate ce qui se passe sur la terre, le second fait état de ce qui se vit dans le Royaume.

La première lecture fait état de la rétribution, de la justice nécessaire envers les pauvres et les pau­vres qui sont malheureux en ce monde seront consolés dans l'autre tandis que les riches qui ont trouvé ici-bas le bonheur subiront tourment et souffriront éternelle­ment dans l'autre Royaume. Pourtant, à la lecture de ce texte ce n'est pas cet élément qui apparaît comme le plus important ou du moins la clé de lecture n'est pas la rétribution mais la continuité entre le royaume de la terre et le royaume du ciel. C'est cela qui paraît le plus surprenant à lire. C'est que, de fait, une chose qui existe sur cette terre et qui se retrouve intacte dans le ciel est l'abîme qu'il y a entre Lazare et le riche. Cet abîme, le ciel ne peut ni l'effacer ni même le réduire.

Cela signifie pour nous que le regard que nous portons ou que nous ne portons pas, les aveu­glements que nous avons ici-bas ne seront pas effacés dans le Royaume de Dieu, qu'il y a comme une conti­nuité fondamentale entre ce que nous vivons et ce que nous vivrons. Et d'ailleurs l'eucharistie que nous rece­vons jour après jour et qui est cette présence "en avance" du ciel dans nos vies, nous forge l'homme nouveau, forge en nous l'homme nouveau qui compa­raîtra devant le Seigneur. Cette métamorphose quoti­dienne ou hebdomadaire qui est le fruit des sacre­ments qui a été inaugurée par le baptême, qui a été approfondie par la Confirmation et qui est en crois­sance par l'eucharistie, cette métamorphose quoti­dienne constitue dés maintenant l'homme nouveau qui va paraître devant la face du Seigneur. Et les durcis­sements de cet homme ancien toujours présent dans l'homme nouveau, les aveuglements de l'homme an­cien, les retards à la croissance que l'homme ancien oppose à l'homme nouveau sont autant de choses qui sont reprises aussi dans le Royaume de Dieu. Si nous ne voyons pas dès maintenant le pauvre, nous dit cette parabole, nous ne le verrons pas davantage dans l'au­tre.

Cette semaine de carême est placée sous le si­gne de l'accueil du frère. Nous avons entendu hier dans la bouche de Jérémie ces paroles d'un homme qui n'a jamais été exaucé et l'appel insistant à ouvrir notre cœur à l'autre. Jérémie s'est entièrement "vendu" à ses frères pour être parmi eux le témoin de cette parole paradoxale de Dieu. Aujourd'hui pourtant, malgré ce paradoxe, malgré la dureté de l'apparent silence de Dieu, nous avons entendu Jérémie nous affirmer : "Un homme est comme un arbre planté prés du cours des eaux et qui porte du fruit." Alors pour devenir des arbres verdoyants, pour repeupler ce dé­sert qui est dans nos cœurs, regardons, reconnaissons autour de nous celui qui est l'Agneau. Dans le frère, dans le prochain, discernons le Christ qui vient vers nous à travers le pauvre, à travers le plus petit. Et alors nous pourrons vraiment être plantés au bord du cours de la vie de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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