AU FIL DES HOMELIES

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LE JEU DES REGARDS

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de carême – A

(11 mars 1993)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e gros problème de ce riche, c'est qu'il n'avait pas la vue basse. En effet, il y a dans cette parabole des jeux de regards. D'abord quand le riche est sur terre, il ne voit rien, il ne voit pas d'eau dans la mer puisqu'il ne voit pas le pauvre qui est à sa porte, assis sur son escalier. Tandis que lorsqu'il est dans les enfers, il lève les yeux et regarde vers les hauteurs et il voit, de loin, Abraham, et c'est seule­ment là qu'il voit vraiment Lazare. C'est une chose étrange que d'être sur terre et de ne pas regarder vers le bas ce qui est tout près, et que, dès qu'on est en enfer, on a les yeux levés et l'on a une excellente vue, même de loin puisqu'on identifie les gens par-delà cet énorme abîme qui sépare "le sein d'Abraham" du feu des enfers.

Si nous lisons cet évangile pendant le carême c'est précisément pour nous inviter de façon pressante à ouvrir les yeux et à ne pas nous tromper de direc­tion. Car il y a beaucoup de gens qui pensent qu'être un bon chrétien c'est lever les yeux au ciel et de re­garder le plus loin possible, vers le point oméga de l'histoire, au moment où le Sauveur va revenir. Et Jésus explique, au contraire, que ce qui est dramatique c'est que cet homme riche n'a pas regardé vers la terre, vers ce qui était tout près de lui. La voilà donc la conversion qui nous est proposée. Non pas un regard d'aigle qui essaie de discerner dans des états mysti­ques l'état du ciel et de notre destinée future, mais un regard qui, parce qu'il a été visité par l'amour de Dieu, se préoccupe d'abord de rencontrer dans le prochain, dans son frère, dans celui qui assis à la porte, le mys­tère même d'une attente et d'un désir.

Voilà donc ce qui nous est proposé. Tous, d'une manière ou d'une autre, nous sommes des riches, pas simplement par l'argent ou les moyens dont nous disposons, mais par cette mauvaise gestion de notre regard sur les autres. Non pas un regard qui va vers le bas pour les mépriser en se demandant qui sont ces créatures étranges qui se trouvent à nos pieds, mais un regard qui sait rester humble. Et vous savez d'où vient le mot humble, de humilis, ce qui relève de l'humus, de la terre. Un regard qui sait être proche de la terre, un regard qui se défie, qui se méfie de toutes les fausses mystiques et de toutes les recherches qui seraient purement et simplement des évasions. Car depuis que le Christ s'est fait humble, homme né de la terre, le plus humble de tous les serviteurs le dernier, Celui qui s'est anéanti jusqu'à la mort sur la croix, la mort des esclaves, depuis, nous pouvons rencontrer le Seigneur dans tout ce qui est de la terre.

Dans cette eucharistie où Dieu vient se faire encore un fruit de la terre à travers le signe du pain et du vin, demandons à Dieu qu'Il ouvre notre regard et nos yeux pour voir maintenant ce qui est de la terre car si nous attendons d'avoir de bons yeux pour y voir de loin, nous risquons aussi de le voir, Lui le Seigneur, de très loin.

 

 

AMEN

 

 
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