AU FIL DES HOMELIES

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UN CURIEUX RENDEZ-VOUS

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de carême – A

(7 mars 1996)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

D

ans la parabole que nous venons d'entendre et qui est propre à saint Luc, le Seigneur met en scène deux personnages, le riche et le pauvre. Il les met en scène pour nous parler de l'in­communicabilité, de la fracture sociale qui amène ces personnes à ne pas se parler et à s'éloigner totalement l'une de l'autre. Il nous parle aussi du souci que nous devons avoir pour nos frères les plus pauvres, ceux qui sont couverts d'ulcères, qui gisent dehors, nos frères les plus miséreux.

Je crois cependant que le fond de cette para­bole est ailleurs. Il est dans cette idée assez simple que la terre et le ciel, dans leur caractère le plus in­time et le plus ultime (je renvoie ici aux fins derniè­res) ne forment qu'un ensemble et font partie d'un seul tout. Il n'y a pas tant de différences entre eux. Cette parabole évoque la mort comme un passage très sim­ple bien que douloureux. Le pauvre meurt. Le riche meurt. Comme si la terre et le ciel étaient à envisager dans un seul et même regard. Cela est souligné par le fait que les personnages qui déjà ne se parlaient pas sur terre ne se parlent pas non plus au ciel. C'est comme si le but de la terre était le ciel et que le ciel était déjà cette réalité au milieu de la terre.

On voit bien cependant, dans notre expérience de tous les jours, que ces deux réalités se sont éloi­gnées l'une de l'autre. Elles ont pris des chemins qui ne se rejoignent pas. Le problème de Dieu, c'est de les faire se rejoindre, de faire se conjoindre le ciel et la terre. Un rabbin s'est écrié un jour qu'il n'y a qu'à faire advenir Dieu sur la terre et que tout sera alors résolu. Si Dieu prenait possession de la terre, lui qui est plus grand que la terre, alors seraient enfin réalisables les noces du ciel et de la terre. Ces deux réalités si dis­tantes pourraient se rejoindre. Et ce rabbin a sans doute poursuivi en disant que la grâce de Dieu ne peut passer que par l'homme. L'homme a été placé dès l'origine pour opérer en lui cette réconciliation du ciel et de la terre. Là réside sans doute la grâce ultime de l'homme, la chance presque surhumaine de tenir enfin les deux bouts, de réconcilier ce que Dieu depuis toujours a uni. Nous savons bien, nous, chrétiens, comment Dieu a pris compte de cette exigence de faire advenir Dieu en l'homme. Il l'a fait en se faisant homme lui-même et en venant épouser notre terre afin qu'elle puisse rejoindre le ciel. L'Incarnation, c'est en quelque sorte le ciel qui prend possession de la terre. Et à la Résurrection, c'est notre terre qui rentre au ciel. Nous n'avons pas à faire entrer Dieu sur notre terre autrement qu'en l'y faisant entrer là où nous nous trouvons, où nous vivons, où nous sommes sensibles à cette venue de Dieu.

Outre l'évocation du moment privilégié de cette venue du Sauveur sur notre terre, outre l'annonce de ce moment présent où Il peut advenir en notre hu­manité, nous voyons, dans cette parabole, que le pau­vre est celui qui fait advenir Dieu sur notre terre d'une manière toute particulière.

Quand j'entends cette parabole du riche et du pauvre, me revient toujours l'image de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, qui, un soir d'hiver, dans les rues de Dinan, tenant un lépreux dans ses bras, frappait à toutes les portes en disant : "Ouvrez à Jé­sus-Christ." Quand on ouvre au pauvre, on ouvre à Jésus-Christ. La grâce à demander à Dieu pour ce Carême, c'est de faire entrer Dieu sur notre terre.

 

 

AMEN

 

 
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