AU FIL DES HOMELIES

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LAISSER TOMBER NOS MURS

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de carême – B

(20 mars 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous sommes assez mal à l'aise devant un texte où cette sorte de rétribution immédiate est présentée par Abraham : puisque tu as eu les biens pendant ta vie, lui, tu profites du malheur, et lui qui n'a eu que du malheur, il profitera de la vie. C'est une sorte de concordance, de symétrie qui nous met mal à l'aise. Peut-être qu'elle est encore du vieux testament, elle dite d'ailleurs par Abraham. Sans doute que Jésus est venu dépasser cette opposition, cette maître trop simple d'envisager les choses.

Cette parabole n'est pas d'abord quelque chose sur la rétribution, mais davantage quelque chose sur les liens interpersonnels et même les murs qui peuvent exister entre des personnes. Mais il ne faudrait pas imaginer les murs que l'on peut édifier nous-mêmes autour de nous comme forcément un mal. Je crois qu'il y a des murs nécessaires dans nos vies, à commencer par le mur du sein de notre mère, quand nous étions ainsi blottis dans le ventre de notre mère, ce mur qui était nécessaire à notre croissance, ce mur qui était nécessaire à notre ouverture future au monde. Et puis, le mur de la famille, le mur de nos communautés, ces murs qui sont indispensables aussi à note croissance, quand tous les murs tombent nous sommes fragilisés, nous ne savons plus trop où nous situer, notre faiblesse apparaît au grand jour et ainsi ces murs sont aussi nécessaires. La parabole ne dit pas qu'il faut abattre forcément tous les murs. Même les saints ont été amenés à construire des murs, par exemple Don Bosco, quand il s'est occupé de la jeu­nesse de Turin, il a forcément été obligé de construire une maison, le Val d'Occo, pour que ces jeunes qui n'avaient pas tellement de murs intérieurs puissent s'édifier, se construire, grandir et être après, lâchés dans la nature. Saint François d'Assise commence curieusement par construire des murs avec cette petite chapelle, ou restaurer des murs et puis, quand l'inva­sion de la grâce se fait encore plus pressante en lui, on assiste à des choses comme le "chapitre des nattes" où il invite tous ses frères à venir là où il n'y a plus de murs, c'est simplement une assemblée de frères sur une prairie. Après la mort de saint François, les frères construiront des murs, des couvents, ils établiront des choses parce qu'ils ne sont plus tellement sûrs d'eux, mais je crois que quelqu'un comme saint François d'Assise a pu, avec ce génie très particulier, se passer d'un certain nombre de murs et ouvrir pour ses moi­neaux, ses petits moines, le vaste champ du monde.

Dans nos vies, c'est un peu la même chose. Il nous faut accepter de garder certains murs. Mais le carême est aussi un lieu, un moment où des murs que l'on a pu dresser, peuvent tomber, des défenses, des a-priori, des manières d'envisager l'autre peuvent peut-être se renverser. C'est cela la nouvelle de la Résur­rection, le Christ, Il passe à travers les murs. Nous, il nous faut peut-être soutenus par cette grâce, il nous faut recevoir ce cadeau de pouvoir aller plus libre­ment. C'est bien ce qui a manqué à ce riche qui avait construit un mur qui l'empêchait de voir ce frère qui était pourtant à sa porte, l'épaisseur d'un mur qui pou­vait bloquer toute relation, qui s'est creusé et est de­venu un fossé immense.

Avant que le fossé ne devienne immense, pro­fitons de ce Christ passeur qui est déjà à l'œuvre de résurrection dans nos vies pour que certains murs puissent tomber, pour que tout ce que nous avons pu recevoir puisse aussi circuler.

 

 

AMEN

 

 
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