AU FIL DES HOMELIES

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D’ÉTAPE EN ÉTAPE, LE LENT APPRENTISSAGE DE LA CHARITÉ

Jr 17, 5-8+13-18 a ; Lc 16, 19-31

Jeudi de la deuxième semaine de carême – B

(16 mars 2006)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

e vais m’arrêter avec vous sur le texte du riche et du pauvre Lazare. L’histoire est bien campée, un riche, des vêtements de lin fin, qui fait brillante chère, et un pauvre à la porte, tout couvert d’ulcères, distance qui s’établit déjà sur terre et qui se poursuit dans le ciel, dans une sorte d’abîme infranchissable. On voit d’emblée le tableau, parabole qui rebondit sur l’affirmation de la résurrection des mots, de la rétribution dans l’au-delà.

L’évêque me disait dimanche, en citant une histoire : la foi, l’espérance, on y arrive, mais la charité … c’est le plus dur. Peut-être que cela rejoint aussi votre expérience. Alors, on aurait pu imaginer qu’un jour, le riche tombe dans les bras de Lazare. Mais ce n’est pas si simple. Je crois qu’il faut rentrer dans une démarche et je vous propose d’envisager une sorte de conversion du riche, mais qui serait passée par différents stades. On ne tombe pas spontanément dans les bras de l’autre, surtout s’il est très différent. Il y a des étapes et je vous propose de baliser certaines étapes, j’espère que cela nous aidera à vivre un peu plus cette charité.

La première étape, ce serait pour le riche de reconnaître un défaut dans ce Lazare. Le défaut qu’il aurait pu dire, par exemple, c’est quelqu’un qui ne se lave pas. Ensuite il aurait pu trouver un autre défaut à ce Lazare : voilà, il ne peut pas travailler. Est-ce que nous aussi cela ne nous interroge pas de voir certaines personnes dans les rues et partout ? Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faudrait reconnaître aussi que j’ai moi-même comme riche, des défauts. Alors, en imaginant le riche, on dit : voilà, je suis égoïste, parce que ne pense qu’à moi, qu’à mon habillement, qu’à ma table etc … Ensuite, parce qu’on ne peut pas s’arrêter là non plus, sinon on a reconnu deux défauts on a reconnu un défaut dans l’autre, mais ensuite, il faut accepter que l’autre nous corrige précisément sur ce défaut. Donc, le riche aurait pu accepter d’être corrigé par ce pauvre en se disant, moi je ne pense qu’à moi, et peut-être qu’il faudrait que je vive davantage dans l’abandon. Et il y a petit à petit quelque chose qui avance. Mais on ne peut pas s’arrêter là non plus. Il faudrait que je reconnaisse une qualité dans l’autre, et le riche aurait pu reconnaître une qualité dans ce pauvre Lazare, par exemple en se disant que c’était quelqu’un qui a placé sa confiance en Dieu, qui attend tout de l’autre, voilà quelqu’un qui est abandonné, et peut-être, j’ai quelque chose à recevoir de lui.

Mais il ne faut pas encore s’arrêter là, on peut encore trouver une deuxième qualité dans l’autre. Le riche aurait encore pu dire que ce pauvre il a non seulement cette qualité d’abandon, de confiance, mais en plus, il n’est pas revendicatif de quelque chose de mieux pour lui. Il est là, dans cette attitude-là. Mais il ne faut pas encore s’arrêter là. Il faudrait à ce moment-là, et cela nous pousse un peu plus loin encore, il faudrait reconnaître que cette qualité du pauvre, est pour moi comme une trace de la présence de Dieu. Je reconnais dans l’autre que cette qualité qu’il a, c’est vraiment un cadeau su Seigneur.

Et l’on continue, sans s’arrêter, et c’est là qu’on arrive à la charité, il faut reconnaître que même le défaut de l’autre (je ne dis pas que ce défaut est un don du Seigneur), appelle mon amour pour lui, l’aimer précisément jusque dans son défaut.

Voyez frères et sœurs, la charité ne tombe pas toute cuite du ciel. La charité, si c’est difficile, c’est qu’il y a un certain nombre d’étapes, accepter que l’autre soit différent de nous, accepter qu’il ait des défauts, accepter que j’aie aussi des défauts, que je les partage avec lui, accepter que j’aie aussi des qualités. Mais accepter que l’autre soit différent de moi, c’est rentrer petit à petit à travers toutes ces étapes dans le véritable amour de l’autre qui ira jusqu’à aimer même ce défaut qui est dans l’autre. C’est cela qui a manqué au riche et qui a fait qu’il n’a pas voulu commencer ce chemin avec ce pauvre Lazare, et n’a pas été jusqu’au bout de cette amitié que le Seigneur souhaite entre chaque homme, quel qu’il soit, avec toutes nos différences.

 

AMEN

 

 

 

 
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