AU FIL DES HOMELIES

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DANGER DES FAUSSES RICHESSES

Jr 17; 5-8 + 13-18a ; Lc 16, 19-31

(12 mars 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Moissac : le riche et le pauvre Lazare

D

ans cette parabole apparemment si simple et si évidente, mais qui n'est pas si facile que cela à interpréter, je voudrais attirer votre attention sur ce qu'on peut considérer comme le point de départ de toute cette affaire. C'est une parabole, c'est-à-dire qu'il ne faut pas y chercher une sorte de démarche immédiate des réalités spirituelles. Ce que Jésus veut souligner, c'est ce qu'a été le riche, ce qu'a été le pauvre, et le sort du riche, et le sort du pauvre. Tout le reste, ce sont des manières d'expliquer ou de souligner par rapport à la résurrection des morts pourquoi on ne croyait pas en Jésus ressuscité des morts.

Mais le point de départ tient en une seule chose. Cet homme était riche non pas d'abord au sens où il était habillé de vêtements raffinés, qu'il menait bonne chère, et qu'il vivait dans un luxe effréné, mais le pire, et c'est pour cela que la parabole est généralement appelée la parabole de Lazare et du "mauvais" riche, le pire, c'est que cette richesse lui avait retiré tout sens de l'autre. C'est cela que veut dire l'histoire de cet homme qui a à sa porte un mendiant, Lazare, et qui ne le voit pas. Dans l'avertissement que donne Jésus, il n'a rien contre le fait qu'on gagne sa vie, qu'on ait même un peu de biens, ce n'est pas le problème immédiat. Mais c'est que devient le cœur de l'homme quand au lieu de rester un cœur humain, il se laisse séduire et guider uniquement par la richesse.

C'est là où se trouve le nœud de la question. Au fond, ce riche n'a jamais su ce qu'était le besoin, la nécessité. Il n'a jamais connu ce moment où matériellement ou même spirituellement, on découvre tout à coup qu'on est dans une situation de manque. C'est le démarrage de toute expérience spirituelle. C'est au moment où, au lieu de jouer le jeu d'une sorte d'assurance sur soi-même, de fausse gloire comme dira saint Paul plus tard, on accepte de reconnaître une sorte de fragilité et de faille fondamentale de notre cœur. Il n'y a qu'un moyen d'entrer en contact avec l'autre qui est en face de moi, c'est de reconnaître qu'il y a quelque chose en moi qui est insatisfait, il y a quelque chose en moi qui est fragile, vulnérable et perméable. Le vrai péché de l'homme riche, c'est qu'il n'a jamais connu cela et qu'il a organisé toute sa vie pour ne jamais le connaître.

C'est une chose terrible, car dans la parabole que Jésus donne, le riche a tous les côtés un peu grossiers et brutaux du parvenu. C'est l'homme suffisant, adipeux, satisfait de lui, qui n'attend rien de personne, qui ne compte que sur lui. Faites la transposition spirituelle et vous verrez que souvent, c'est bien difficile au plan spirituel de ne pas tomber non plus dans le même panneau. Pour combien de nos contemporains un certain luxe spirituel, qu'il soit purement culturel, purement intellectuel, purement même religieux, pour combien de nos contemporains, cette espèce d'aisance qui leur permet de vivre d'une façon plus explicite une certaine aventure de l'esprit, les referme sur eux-mêmes.

C'est le vrai danger de notre culture actuelle et nous ne sommes pas à l'abri. Savoir que tout ce que l'homme peut découvrir, comprendre de lui-même, de l'univers, savoir que tous les procédés scientifiques, esthétiques, peuvent jouer le même rôle que les richesses de ce riche, c'est-à-dire nous enfermer dans une autosatisfaction, dans une fausse plénitude, c'est une chose indispensable aujourd'hui. Malheur à nous si d'une manière ou d'une autre, une certaine recherche spirituelle venait à fermer notre cœur à la présence de l'autre. Ce sont des choses qui peuvent arriver.

Si ce texte-là nous est donné pendant le carême, c'est bien pour cette raison : il y a des quêtes spirituelles qui ne sont que des quêtes de soi-même. Evidemment, à ce moment-là, on ne voit vraiment pas le pauvre à notre porte. Il y a des quêtes de soi si subtiles, si élaborées, si fines, qu'en réalité, on devient l'idole de soi-même comme ce riche était devenu le principe même de toute sa vie à lui tout seul.

Frères et sœurs, la conversion commence toujours au moment où l'on dénonce, où l'on brise cette coque d'autosuffisance et d'autosatisfaction, pour essayer de retrouver une véritable pauvreté intérieure. A partir de ce moment-là, peut commencer une certaine ouverture du regard et du cœur, et l'on s'aperçoit que les autres existent. Je ne dis pas que quand on s'aperçoit que les autres existent tout est gagné, mais c'est un grand pas qui est fait.

 

AMEN


 
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