AU FIL DES HOMELIES

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LA PRIÈRE DE DANIEL

Dn 9, 3-6+15-19

(5 mars 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

rères et sœurs, nous avons l'habitude quand nous entendons cet évangile, de réfléchir et de comprendre le rapport qui s'instaure entre le publicain et Dieu, et le pharisien et Dieu. Généralement, et d'ailleurs la parabole dite pas Jésus nous y invite, nous condamnons très vite le pharisien qui s'auto glorifie, et nous nous attardons sur ce visage, cette attitude du publicain, le nez plongé par terre, s'humiliant devant Dieu. 

       Mais je crois que nous devrions faire attention. Il ne s'agit pas de tomber dans la caricature du publicain, dans une sorte d'auto-flagellation. Le pharisien a pour principal défaut de penser que son salut vient de lui, il s'auto glorifie. Il n'a pas besoin de Dieu pour être parfait. Mais une mauvaise humilité pourrait aboutir à la même chose. Il y a des gens qui sont capables par leur attitude d'être tellement négatifs, d'être tellement humbles, que vous n'arrivez même pas à les sortir du bourbier dans lequel ils se sont mis. Ils en arrivent à dire : voilà, je suis indécrottable, personne ne peut rien pour moi, c'était écrit par avance, mon destin est de ne pas être sauvé, je suis le dernier des misérables, vous voyez bien que je ne peux pas m'en sortir, et personne ne peut me sortir de ce pétrin. Nous arrivons à une attitude commune de ces deux personnages : je n'ai besoin de personne pour me sauver, et une fausse humilité qui serait de dire, je n'ai besoin de personne pour rester dans mes problèmes. 

       Je voudrais maintenant éclairer cette parabole avec la première lecture, cette prière de Daniel. C'est un homme très intéressant, il est à la fois le pharisien et le publicain. Il est le pharisien parce qu'il est cet homme parfait, il est cet homme qui prie, qui jeûne, qui suit la Loi d'Israël. Mais en même temps, il ne juge pas Israël, il ne dit pas dans sa prière : vois, Seigneur, je suis parfait, je jeûne, je prie, regarde le reste ton peuple Israël, les pécheurs qu'ils sont, etc … Non, il va être aussi quelque part le publicain dans le sens où il va porter un péché qu'il n'a pas fait. Il est à la fois le pharisien dans le sens d'une perfection vis-à-vis de la loi, et en même temps, il va avoir cette attitude du publicain qui dit : vois Seigneur, nous sommes pécheurs, alors qu'en fait, il n'est pas pécheur. Il se met dans la communauté d'Israël, une communauté pécheresse. 

       Je trouve très important dans cette démarche de carême dans lequel nous sommes. Vous voyez que l'attitude de Daniel c'est de dire : oui, Seigneur, je jeûne, je prie, mais j'ai besoin de toi. C'est-à-dire que le jeûne et la prière lui fait découvrir qu'il a besoin de Dieu. Il n'est pas dans la satisfaction, le jeûne et la prière lui ouvrent justement une histoire avec Dieu. Le problème de la fausse humilité, le problème du pharisien, c'est qu'ils sont tellement clos sur eux-mêmes qu'il n'y a pas de possibilité d'histoire avec Dieu, soit parce que je suis le pharisien et  je suis parfait, soit je suis tellement méchant, tellement nul que je ne peux même pas construire une histoire avec Dieu. Dans ces deux caricatures, il n'y a pas de possibilité de reconstruction ou d'ouverture avec une histoire avec Dieu. Alors que Daniel est celui qui par le jeûne et la prière découvre que rien n'est écrit, la fin d'Israël n'est pas écrite. Il est possible de s'ouvrir vers le pardon de Dieu. 

       Frères et sœurs, je crois que dans cette prière de Daniel, nous avons à découvrir que notre conversion ne passe pas par notre propre nombril, nous n'avons pas à nous regarder, en disant : Seigneur sauve-moi ! Notre conversion doit passer par le fait que nous avons à porter le péché des autres, même si nous ne nous sentons pas concernés, parce que nous nous trouvons plus justes, plus droits que certains pécheurs, nous n'avons pas tous tué, volé. Mais voyez l'attitude de Daniel qui est de porter les autres en tant que pharisien, en tant qu'homme parfait, mais aussi de s'associer au péché de la communauté. 

       Frères et sœurs, que ce temps du carême soit pour nous une ouverture de notre cœur pour nous porter les uns les autres, et pour reprendre ensemble cette prière de Daniel, dans le dernier verset que nous avons entendu : "Seigneur écoute, Seigneur, pardonne, Seigneur veille et agis non pas uniquement pour moi mais pour tous ceux qui sont autour de moi. Seigneur ne tarde plus, par toi-même mon Dieu car ton nom est invoqué sur ta ville et ton peuple"

 

       AMEN

 

 
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