AU FIL DES HOMELIES

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LAZARE ET LE MAUVAIS RICHE

Je 7, 23-28 ; Lc 16, 19-31

Lundi de la deuxième semaine de carême – A

(16 mars 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Perse : la Gueule de l'enfer

C

 

ette parabole nous confronte avec la mort et surtout ce qui se passe après la mort. Je pense que ce serait une erreur que nous commettons souvent de croire que, après la mort, la justice sera rétablie de telle sorte que ceux qui auront bien agi seront récompensés, ceux qui auront mal agi seront punis, comme si Dieu était un juge qui attribuerait ainsi récompenses et punitions.

En fait, si nous regardons profondément cette parabole, nous voyons que la mort manifeste, révèle, fait éclater au grand jour ce qui, déjà, jour après jour pendant toute notre vie s'est construit au fond de notre cœur. Car la vie éternelle, ce n'est pas seulement après, c'est dès maintenant, la vie éternelle est commencée dès maintenant. Seulement elle est commencée de manière secrète, silencieuse, invisible, au plus profond de notre être. Et la mort sera le moment où se révèle le secret des cœurs où apparaît cette vie éternelle telle qu'elle s'est construite, telle que nous l'avons édifiée au fond de nous-mêmes.

Si le riche de la parabole se trouve séparé d'Abraham et du pauvre Lazare par un abîme infranchissable, ce n'est pas parce que Dieu veut ainsi le punir, le rejeter de la communion avec Abraham et avec les justes, c'est parce qu'il a lui-même créé cet abîme. Cet abîme ne commence pas au moment de la mort du riche. Il existait déjà auparavant, car cet abîme spirituel existait entre cet homme qui vivait dans l'opulence, dans la richesse, dans tous les plaisirs du monde et ce pauvre qui gisait, à sa porte, qu'il n'avait même pas vu. Il ne s'était même pas rendu compte que ce pauvre était là. Il y avait déjà, entre le cœur de ce riche et ses semblables, l'abîme de l'indifférence, l'abîme de l'égoïsme, l'abîme du refus d'attention et du refus d'amour. Et c'est cette absence d'amour dont le riche se contentait fort bien pendant sa vie terrestre, qui ne l'empêchait pas de se réjouir, parce qu'à ce moment-là, comme chacun d'entre nous, il ne vivait qu'à la surface de lui-même. C'est cette absence d'amour qui, au moment de la mort révèle toute sa vérité, toute sa profondeur. Il est à ce moment-là confronté avec le profond de lui-même et il lui apparaît que tous les plaisirs et les jouissances dont il avait profité pendant son existence ne sont rien aux côtés de cet amour qui lui manque et qui crée autour de lui ce vide, cet immense vide abyssal qui le sépare de la communion de ses frères et qui se révèle à ce moment-là, à lui, comme le malheur comme la damnation. La damnation ce n'est pas une punition que Dieu nous infligerait. La damnation, c'est la constatation d'un état de fait. C'est la constatation que, dans notre cœur, ce qu'à Dieu ne plaise mais peut-être dans le cœur de certains des hommes, la capacité d'aimer s'est usée, s'est rouillée, qu'elle ne peut plus fonctionner, qu'elle ne peut plus servir et qu'il ne leur est plus possible d'aimer, car ce vide qu'ils ont créé autour d'eux, tout au long de leur vie, devient maintenant infranchissable. Ils n'ont plus la possibilité de passer au-delà d'eux-mêmes, de sortir d'eux-mêmes pour rencontrer leurs frères, pour rencontrer leur Dieu. Car Dieu et nos frères ne font qu'un, comme nous le disait la parabole du jugement final.

Oui, c'est dès maintenant que nous vivons, sans très bien le savoir et sans totalement nous en rendre compte, que nous vivons le paradis ou l'enfer à venir. C'est dès maintenant que nous sommes donnés, que nous trouvons notre joie dans ce don, que ce soit le don à notre Dieu ou le don à nos frères, le mouvement est le même, ou bien que nous nous replions sur cette joie fallacieuse qui n'est qu'un vulgaire désir de nous complaire en nous-mêmes et de nous satisfaire de nous-mêmes. Ainsi petit à petit, s'échafaude notre vie éternelle au fond de nous-mêmes et un jour nous nous rendrons compte ou bien que nous sommes capables de dire oui à la proposition d'amour infini et éternel que Dieu nous fera ou bien que nous ne serons plus capables de dire ce oui, parce que nous aurons perdu, par notre faute la capacité d'aimer.

Que cette parabole, en ce temps de carême, nous invite à entrer au plus profond de notre cœur, là où s'édifie déjà la vie éternelle afin que, nous y voyions un peu plus clair sur nous-mêmes et sur le bonheur véritable.

 

AMEN

 
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