AU FIL DES HOMELIES

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LE PAUVRE LAZARE

Mi 7, 14-20 ; Lc 16, 19-31

Lundi de la deuxième semaine de carême – B

8 mars 1982

Homélie du Frère Michel MORIN

Le sein d'Abraham

I

 

l y a une logique implacable dans cet évangile entre la possession des biens terrestres, entre la jouissance personnelle des choses que nous pouvons recevoir, gagner, utiliser et la situation tragique d'être damné pour la vie éternelle. C'est sans nuances dans cet évangile. Même si quelqu'un venait de chez les morts, un messager extraordinaire ne changerait rien à cela d'ailleurs, nous le savons bien, lorsque Lazare est ressuscité des morts par le Christ, lorsqu'il sort de son tombeau, cela ne convainc guère ceux qui déjà ne croyaient pas. Il ne faut donc rien attendre d'extraordinaire pour changer notre cœur et le cœur des hommes. Rien n'y fait sauf la Parole de Dieu. Saint Luc nous dit que nous pouvons changer notre cœur, être convertis par Dieu, en écoutant sa Parole et en la gardant.

La générosité qu'aurait dû manifester celui que nous appelons "le mauvais riche", bien que l'évangile ne dise pas qu'il fût mauvais, mais seulement qu'il était riche, la générosité qu'il aurait dû manifester, ce n'est pas simplement de donner ses biens, ce n'est pas seulement de donner son superflu ou de partager. Il y a quelque chose de beaucoup plus important et de beaucoup plus profond. Donner ses biens, les partager ce n'est pas automatiquement, comme nous le disons souvent, faire son salut. Car faire son salut, ce n'est pas notre œuvre à nous, c'est celle de Dieu. Et l'aumône, le partage de ce que nous avons reçu, de ce que nous avons gagné, cela doit être avant tout, la manifestation de la charité de Dieu pour les autres, la bienveillance de Dieu donnée aux autres qui parfois doit passer par ce que nous avons reçu. Les biens ne sont pas mauvais en soi : ils sont bien, ils sont bons. Simplement il faut les utiliser de manière bénéfique, c'est-à-dire de manière à ce que ce que nous avons reçu par ces biens, d'autres aussi le reçoivent.

Or, pour l'Ancien Testament et aussi peut-être pour nous, cela doit être ainsi, c'est que toute chose bonne, tout bien que nous avons, vient de Dieu. Ce sont les fruits de la création, cette création nous a été donnée comme bonne. Ce n'est pas un péché d'avoir des biens, et même d'en avoir beaucoup. Le péché, c'est simplement de n'en faire profiter personne que soi-même. C'est de ne pas en tirer de bien pour les autres. C'est de ne pas faire en sorte que ce dont nous avons été comblés par Dieu, toutes ces bénédictions, même d'ordre matériel ne serve pas au rayonnement de la bonté de Dieu à travers nos gestes de partage.

Lazare a été accueilli dans le sein d'Abraham, c'est-à-dire dans l'intimité d'Abraham, dans l'intimité de celui qui est le père des croyants, c'est-à-dire dans l'intimité du Royaume des croyants, au cœur même de Dieu. La consolation dont il a été pourvu n'a rien à voir avec ce qui lui a manqué pendant sa vie. La vie éternelle ne vient pas combler ce que la vie terrestre a eu de vide ou de creux en nous. C'est l'œuvre de l'Esprit. La consolation de Lazare, cela a été la plénitude de la force et des dons de l'Esprit : la joie, la paix, le bonheur de vivre dans la richesse de Dieu.

Au cours de cette eucharistie, demandons au Seigneur, par la prière d'Abraham qui accueille tous les croyants au Royaume, puisque lui-même a su accueillir Dieu dans sa maison, demandons-lui que nous puissions accueillir les biens que nous avons, les biens que nous gagnons, les biens que nous méritons, comme des dons de Dieu à partager avec nos frères, afin que l'Esprit puisse vivre en eux, que la Parole de Dieu puisse être gardée et qu'un jour ensemble, nous puissions recevoir la même consolation que Lazare.

 

AMEN

 
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