AU FIL DES HOMELIES

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LE CŒUR AMOUREUX

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – B

(4 mars 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Aie pitié du pécheur que je suis …

I

 

l me semble qu'une des leçons les plus évidentes de cette parabole c'est que la religion, et surtout la foi chrétienne, ne dispense absolument pas d'être intelligent. En effet, à y regarder d'un peu près, la religion de ce pharisien est un peu stupide ou sotte, comme dirait le Cardinal Lustiger, cette religion qui consiste à penser qu'avec Dieu on arrive à la fin du compte, que Dieu est un personnage qui a fixé à l'homme un certain nombre de normes, de principes, payer la dîme du fenouil ou du cumin, un Dieu qui aurait donné la Loi pour essayer de dresser l'homme comme on dresse des animaux savants, effectivement, cette religion-là n'a rien d'enthousiasmant ni d'intéressant. Une religion qui consiste à remplir un certain nombre de cases un petit peu administratives et bureaucratiques, dans laquelle à la fin de la journée on peut se dire : Seigneur je suis bien content parce que j'ai marqué quelques points d'avancement sur mon tableau d'honneur, tout cela est un peu désolant.

Et quand en plus, et c'est là où cette religion devient sotte, on est tellement de son état que l'on pense que les autres n'ont aucun intérêt, qu'ils ne sont pas capables de faire ce que nous faisons en nous donnant un tel idéal, c'est un peu désolant et il n'y a plus rien à faire. C'est pour cela que ce pauvre pharisien, qui d'une certaine manière est très à plaindre, lorsqu'il rentre chez lui, je comprends que Dieu n'ait rien à lui pardonner et peut-être même pas grand-chose à lui offrir. Je pense que Dieu n'est pas en colère contre le pharisien, il est un peu dépité. Il doit se dire : Vraiment, il me semble que j'avais créé quelque chose de plus intéressant et de plus intelligent, mais comment le lui faire comprendre ?

Tandis que le publicain, lui, à cette intelligence qui consiste à voir les choses telles qu'elles sont. Il sait qu'il est un pauvre homme. Il sait qu'il est un pécheur et quand il se tient devant Dieu, il Lui dit : la seule chose que je désire c'est d'être présent, moi en vérité, devant Toi en vérité. Comme je sais que je ne suis pas très brillant, je n'ose pas m'avancer, mais je sais que, même si je reste au fond du Temple, Tu es là présent, en vérité, devant moi et c'est une grande grâce que Tu m'accordes que, tout pécheur que je suis, je puisse cependant me tenir en Ta présence. C'est d'ailleurs cette prière du publicain que nous reprenons dans le Canon de la Messe : "car Tu nous as choisis pour servir en Ta présence." A ce moment-là, nous sommes vraiment comme le publicain, sans nous vanter d'avoir payé la dîme ou d'être sans péché, mais simplement, nous savons que nous sommes là.

Or quelle est la racine de l'inintelligence du pharisien et aussi de l'intelligence du publicain ? Je crois que pour être vraiment intelligent, il faut avoir le cœur amoureux, et là c'est un cœur amoureux de Dieu. Et c'est le cas du publicain. S'il ose quand même aller dans le Temple pour rencontrer la gloire de Dieu, tout pécheur qu'il est, c'est qu'il a sans doute une grosse dose d'amour dans le cœur. Il sait qu'il n'est digne de rien, qu'il n'a rien à apporter à Dieu. Mais quel peut être le seul motif qui le fait s'avancer vers le Temple ? C'est qu'au fond, il est vraiment amoureux de Dieu, tandis que le pharisien, lui n'est pas du tout amoureux de Dieu. Si, comme le disait saint Augustin : "La mesure de l'amour c'est d'aimer sans mesure ", pour le pharisien tout est déjà mesuré d'avance comme les proportions pour une recette de cuisine.

Alors, demandons au Seigneur de nous donner durant ce carême, cette intelligence profonde et ce cœur amoureux. L'intelligence ce n'est pas de faire de grand raisonnements, avoir de grandes idées tous les matins en se levant. Etre intelligent c'est avoir ce sens proche du cœur des autres et l'on ne peut pas être vraiment intelligent sans un brin d'amour qui nous fait tourner notre cœur vers ce Dieu que nous aimons. Que le Seigneur nous accorde cette grâce. Et il est sûr que si nous sommes amoureux de Dieu, nous aurons à la fois une véritable intelligence de son mystère et une intelligence qui sera nécessairement humble. C'est cela qui est vraiment très typique du publicain, c'est qu'il n'a pas cette espèce de fausse humilité si trouble qui consiste à se donner des airs modestes. Si l'on est amoureux de Dieu, avec intelligence, avec cœur, l'humilité n'est pas feinte, elle est la vérité même de ce que nous sommes en Dieu et devant Dieu. Alors il n'y a pas besoin de faire des efforts pour paraître humble. Que le Seigneur nous convertisse vraiment et nous donne la véritable humilité, la véritable intelligence du cœur et un cœur vraiment amoureux de Lui.

 

AMEN


 
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