AU FIL DES HOMELIES

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PHARISIEN ET PUBLICAIN

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – A

(8 mars 1993)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

A

u premier abord je n'avais jamais très très bien saisi cet évangile car un jour je me suis trouvé en train de faire la même prière que le pharisien, c'est-à-dire je rendais grâce pour ce que j'étais. J'ai toujours été un petit peu mal à l'aise avec ce passage, mais je ne puis pas prêcher contre l'évan­gile. Ce passage nous révèle une réalité spirituelle très importante.

Je crois qu'il faut savoir rendre grâces pour ce que l'on est. Notre prière doit savoir reconnaître pour nous-même ce que le Seigneur nous donne comme qualités et aussi rendre grâces pour le travail que l'on fait si on le fait bien, pour la vie que l'on mène si on essaie de la mener bien. Mais je pense que la parabole ne se situe pas à ce niveau-là. Cette parabole c'est une histoire d'ascenseur.

Le principe de l'ascenseur c'est de monter et de descendre sans se fatiguer. Et bien, dans toute cette parabole, il est question que de monter et de descen­dre. Mais il faut bien voir comment monter et com­ment descendre, comme disait une chanteuse de mu­sic-hall : "L'ai-je bien descendu ?"... Dans notre vie spirituelle, il faut se demander si nous descendons justifiés comme le publicain. Mais avant de descen­dre, il nous faut monter et c'est la première partie de l'évangile. "Deux hommes montèrent vers le Temple". Le Temple de Jérusalem est situé sur le mont Sion, donc sur une hauteur. Le Temple, c'est la présence de Dieu et c'est donc vers cette présence de Dieu que des deux hommes se dirigent. La montée demande un effort. Mais une fois dans la présence de Dieu, les deux hommes vont agir très différemment. L'un va tout de suite monter et redescendre, je dirais même dégringoler. Et l'autre, partant de très bas, va peu à peu monter.

La prière du pharisien commence ainsi : "Mon Dieu !" Donc il atteint tout de suite les hau­teurs, il est dans la présence de Dieu, il reconnaît le Seigneur qui est là. "Mon Dieu, je Te rends grâces !" La prière commence très très bien, c'est parfait, il a eu un bon catéchisme. "Mon Dieu, je Te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes." Là ça va mal parce qu'il commence à descendre. Il se voit, lui. Mais il va aller encore plus bas : "Je te rends grâces de n'être pas comme ce publicain". Son esprit ainsi que son regard sont peu à peu descendus.

La démarche du publicain est inverse. Il part du plus bas : "Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !" Et donc il est élevé à la présence même de Dieu. Puis les deux hommes redescendent, "l'un justi­fié", c'est-à-dire rempli de cette présence de Dieu et la gardant dans son cœur. Il est donc au sommet de la vie du Seigneur. "Et l'autre non." C'est-à-dire qu'il lui restera encore beaucoup d'efforts à faire.

Il me semble que pour notre vie aussi cela est capital car il s'agit de bien monter et de bien descen­dre. Il y a des gens qui voudraient atteindre Dieu di­rectement, sans d'abord faire aucun effort, et en croyant que finalement tout leur sera donné. Il y a d'autres personnes qui disent : "Moi la foi me suffit, je n'ai pas besoin de l'Église" et qui ne veulent passer par aucune médiation. Ce publicain nous apprend d'abord une réalité toute simple, c'est que nous sommes pécheurs, mais appelés à être justifiés c'est-à-dire remplis de la sainteté, arrivés à la perfection même de Dieu, mais en passant par toutes les média­tions qui nous sont données pour atteindre Dieu.

Dans la vie sacramentelle c'est le même prin­cipe. Il faut partir d'abord du pain et du vin pour at­teindre au corps et au sang du Christ.

 

 

AMEN

 

 
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