AU FIL DES HOMELIES

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REMODELER LE VISAGE DU CHRIST

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – B

(28 février 1994)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

F

ais resplendir sur nous Ta face et nous serons sauvés !" Cette prière peut résumer les deux textes de l'Écriture de ce matin et donc éclairer notre réflexion et motiver notre agir. Nous retrouvons ce désir et ce cri du Deutéronome tout au long de la prière des psaumes essentiellement. C'est d'ailleurs pour cela que David reprend ces termes mêmes : "Que Ta face illumine ton sanctuaire désolé ! Ouvre les yeux, Vois nos désolations !" La face du Seigneur est la source, la raison et la fin de notre conversion. Celle-ci ne peut commencer ni aboutir en nous-mê­mes, par nous-mêmes. Ou alors il n'y aura ni com­mencement ni fin, même s'il y a beaucoup d'actions, de décisions ou de résolutions. Nous savons très bien par expérience et modestie que cela ne mène pas loin.

C'est la face du Seigneur qui est la source de notre conversion. Pourquoi ? Parce que c'est à son Image que nous avons été façonnés et donc c'est là et là uniquement qu'il nous faut revenir. C'est l'appel même du Seigneur : "Reviens vers Moi ! Revenez à Moi ! Revenez à ma face, à mon visage et là seule­ment vous retrouverez le vôtre, vous reviendrez vers ce que vous êtes, vous deviendrez ce que vous avez à être à l'image et à la ressemblance du Fils". Et se laisser séduire par cette face du Seigneur c'est en re­cevoir la lumière, c'est ouvrir nos yeux pour éclairer notre intelligence et que celle-ci devienne, dans cette lumière, dans cet appel, l'énergie même de notre vie. C'est d'ailleurs pourquoi Jésus a guéri beaucoup d'aveugles.

C'est aussi une des différences entre ces deux hommes qui montaient ensemble au Temple. L'évan­gile nous dit qu'ils montaient tous les deux pour prier, mais à mon avis, il y en a un qui n'a pas prié, d'ail­leurs Jésus dit : "Il priait en lui-même" ce qui veut dire "avec lui-même, en se regardant lui-même", même s'il était au premier rang de l'église. Heureuse­ment que tous les pharisiens ne sont pas au premier rang. Cet homme n'a pas prié parce qu'il n'a pas re­gardé la face du Seigneur, il s'est regardé, il s'est contemplé et Il s'est consolé en jetant un coup d'œil vers celui qui était au fond de l'église. Et c'est vrai que lorsqu'on se regarde, et c'est ma foi une tendance na­turelle, c'est une source de forte consolation, mais en aucun cas c'est une prière et en aucun cas une conversion. C'est même le contraire puisque la conversion c'est se détourner de soi pour contempler le Seigneur. Et c'est uniquement pour cela que le publicain, celui qui était au fond de l'église, a été justifié et a retrouvé, avec justesse, ce qu'il était devant Dieu. S'il s'était regardé lui-même, probablement qu'il aurait trouvé encore pire que lui, car il y a toujours pire que nous.

Au lendemain de la fête de la Transfiguration c'est cette face du Christ qu'il faut laisser transparaître en nous, transfigurer en nous, qu'il faut laisser passer en nous pour qu'elle y fasse son œuvre et qu'elle nous remodèle à son image et à sa ressemblance. Au cours de cette eucharistie, redemandons au Seigneur de nous redonner le goût non pas de nous-mêmes mais de Lui. Et si l'Église propose comme pédagogie trois démarches différentes mais très unifiées entre elles pour le carême, la prière, le jeûne, le partage, c'est bien parce que ces trois démarches nous obligent à rechercher d'abord la face du Seigneur. La prière, c'est l'exemple de cet évangile, le jeûne, parce que c'est au fond une façon de ne pas trop s'intéresser à soi-même, de ne pas trop se rassasier de soi-même, de nos be­soins, de nos désirs, de nos envies, si légitimes soient-ils. C'est une façon d'alléger notre humanité, notre part d'humanité dans ce qu'elle a de naturel mais aussi d'un peu égoïste ou d'égocentrique pour regarder le Seigneur. Et le partage c'est pour tourner notre face, notre regard vers le visage des autres et y découvrir, non pas des publicains, des gens pires que nous, moins bons que nous, mais y découvrir le visage du Seigneur, le pardon du Seigneur, la miséricorde du Seigneur.

Qu'en jeûnant, priant et en partageant si nous le faisons un petit peu, nous ne fassions pas comme ce pharisien, nous parler à nous-mêmes sur nous-mêmes, et ne rendre grâce qu'à nous, ce qui est un moyen de nous éloigner du Seigneur, mais que nous puissions, comme ce publicain, qui même s'il était au fond du Temple, avait su trouver la place qui lui revenait, au fond du cœur de Dieu, au fond du visage de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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