AU FIL DES HOMELIES

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SI LOIN, SI PROCHE !

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – A

(4 mars 1996)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

eux hommes vont monter au Temple pour s'approcher de Dieu. Démarches religieuses qui se ressemblent et sont celle de nombreux hommes qui cherchent Dieu en leur vie et pour don­ner un sens à leur vie. Tous deux cherchent à atteindre celui qui par essence est inaccessible. Le publicain est celui qui ne va pas oser lever les yeux ni s'approcher trop près de celui qu'il voudrait bien rendre proche. Le publicain se tient comme à distance. Il maintient cette distance si agaçante qu'il y a entre Dieu et nous. Il attend, en une sorte de politesse spirituelle, que Dieu fasse le pas pour le rejoindre. Il y a entre le pu­blicain et le pharisien une différence de proximité ou d'éloignement par rapport à Dieu. Ils s'approchent tous deux, mais tandis que pour le publicain les der­niers mètres appartiennent à Dieu, ils appartiennent pour le pharisien à lui-même.

Toute notre vie chrétienne est résumée là. C'est à nous de nous mettre en marche pour nous ap­procher de celui qui par essence est loin de nous, mais nous devons, en une sorte de coquetterie intérieure qui est une forme de respect fondamental, demander à Dieu de faire les derniers mètres pour nous rejoindre. On remarque d'ailleurs que le pharisien, pour s'appro­cher de Dieu, est obligé de se dégager des autres en proclamant sa différence. Pour franchir les derniers mètres qui le séparent de Dieu, il doit se désolidariser des autres. Il déclare : "je suis différent." C'est peut-être vrai. La parabole ne dit pas que le pharisien ment. Il n'est pas question, dans cette parabole, de men­songe ou d'hypocrisie, mais de solidarité avec les autres. Si le publicain se met en route vers Dieu, il ne tient pas pour autant à se désolidariser du groupe des hommes auquel il appartient. Il se reconnaît pécheur parmi les pécheurs et demande seulement à Dieu de le rejoindre.

Nous trouvons là ce que nous vivons comme chrétiens. Nous avons un long chemin à faire pour rejoindre Dieu, mais il nous faut finalement attendre que ce soit lui qui vienne vers nous. Cela rejoint la parabole des premières et dernières places. Il y a cette façon de faire monter vers Dieu notre attente et notre supplication, mais il faut savoir aussi que si je m'avance davantage, ce sera par orgueil et je risque ainsi de m'éloigner de mes frères.

Alors, frères et sœurs, dans ce jeu de proxi­mité et de distance entre Dieu et nous, ce jeu alimenté par le silence de Dieu, par cette absence de Dieu que nous ne pourrons résoudre qu'au moment de notre mort, il y a la prière que nous pouvons formuler au sein du sacrement. Le sacrement est comme ces der­niers mètres qui sont les pas que Dieu pose pour nous rejoindre. Si nous le rejoignons de nous-mêmes, nous l'empêchons de manifester l'élan amoureux qui habite son cœur. Quand nous allons trop près de celui qui nous aime, nous ne Lui permettons pas de dire cet amour. Curieusement, l'amour n'est compatible qu'avec une certaine distance de l'être aimé. Si nous mangeons le corps du Christ, nous pouvons avoir l'impression d'être aussi proches de lui qu'Il s'est fait proche en nous. Mais ce n'est que le symbole. Ce n'est que cette nourriture, et Il s'est voulu pleinement nour­riture pour nous, pour que nous allions plus affamés encore vers lui. Si nous pouvions communier totale­ment à Dieu, nous serions non seulement rassasiés, mais écœurés, confondus. Il a bien fallu que Dieu, avec cette intelligence qui lui est propre, opère cette nouvelle distance qui est de se donner tout en se gar­dant. C'est le jeu permanent des hommes les uns avec les autres. Nous avons tellement envie d'être proches les uns des autres, au point de nous confondre les uns aux autres ! Mais il nous faut rester des êtres libres. C'est tellement vertigineux d'être libre ! Tellement fatigant d'être libre ! Mais il nous faut rester libres pour pouvoir, dans cette liberté, demander à Dieu de nous rejoindre, de nous épouser, de nous aimer, d'af­firmer cet amour qui nous fera vivre et qui fera de nous des hommes debout.

Que dans ce carême, nous nous arrêtions sur le chemin pour demander à Dieu de franchir ces der­niers mètres au cours desquels nous entendrons de sa bouche l'amour qui réjouit notre cœur maintenant et toujours.

 

 

AMEN

 

 
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