AU FIL DES HOMELIES

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PSYCHANALYSE DES CULPABILITÉS

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – B

(17 mars 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e personnage de devant, on dirait une mont­golfière, tellement il est gonflé de lui-même. Il n'est pas dans la vérité, il bouche le passage, il bouche même le ciel, il se met entre le ciel et le public.

Le publicain, derrière, plus petit, lui, n'a pas encore osé lever les yeux vers le ciel, miné par une sorte de culpabilité. Encore faut-il s'interroger sur la forme de culpabilité qui l'anime, et qui pourrait pour nous, au moins, nous boucher le ciel. Il y a des culpa­bilités revendicatives, qui cachent une véritable co­lère, un barrage intérieur, qui cherchent une sorte de justification : je vous l'avais bien dit, mon cas est dé­sespéré. Et puis il y a des culpabilités à l'intérieur desquelles on entend comme des soubresauts d'espé­rance, une attente de la visite. Culpabilités fermées, culpabilités ouvertes … ce ne sont pas les mêmes !

Il y a des culpabilités crispées qui ne cher­chent que la confirmation d'une sorte de destruction de soi-même ou des autres. C'est ce genre de héros qu'on rencontre dans les films qui dit : je vais mourir, laissez-moi mourir, et vient un vrai héros qui le sou­lève et tente de le remettre dans le bon chemin. Moi, j'ai toujours envie de dire dans ce cas-là : on n'a qu'à le laisser crever sur le bord de la route puisqu'il l'a demandé ! D'ailleurs, effectivement, il y a des gens qui s'arrangent pour qu'on ne puisse pas les relever, ils vous glissent entre les doigts.

Le publicain de l'évangile, est quelqu'un qui d'un œil, un peu à l'avance, a mesuré la hauteur du ciel qui lui est promis, même s'il sait qu'il n'en est pas digne. Mais il a, par avance, imaginé ou pressenti, le ciel qui lui est promis. Il ne ferme pas les yeux sur le ciel, il sait qu'il est là, même s'il n'ose pas lever les yeux, parce qu'il n'est pas à la hauteur de ce ciel, mais, il l'attend. L'attitude qu'on nous demande pen­dant le carême, c'est à la fois une reconnaissance saine, humble, de tout ce qui fait obstacle, de tout ce qui murmure en nous. Mais au fond, tout n'est pas dit de nous dans nos fautes. Il y a une page qui n'est pas encore écrite, et nous avons sans arrêt à garder intacte l'espérance de la page blanche, de la page que nous pouvons écrire avec Dieu, la page de l'homme nou­veau. Nous n'avons pas le droit que cette culpabilité, qui grignote à l'intérieur de nous, gagne en désespoir l'ensemble de notre être. Je crois que c'est cela, non pas l'effort, mais la disposition intérieure que nous demande le carême. Le péché est contagieux en lui-même, c'est comme les grippes. Mais n'acceptons pas que le péché gagne davantage en nous et ne parvienne à son effet final qui est le désespoir.

Nous ne pouvons pas forcément par nous-mêmes convertir ce que nous faisons et ce que nous sommes, par contre nous pouvons mettre une limite au-delà de laquelle nous maintenons comme intacte une espérance et une attente. Le publicain que nous sommes (il vaut mieux être du côté du publicain que du pharisien, c'est bien clair), le publicain que nous devrions être est celui qui a volé quelque chose du ciel en le regardant du coin de l'œil, en espérant que ce ciel est vraiment pour lui et qu'il lui sera offerte. C'est la prière, c'est quelqu'un qui anticipe, ment un peu sur lui-même en disant : je suis fait pour ce ciel, je n'en suis pas digne, mais il est quand même fait pour moi. Quand Jésus dira à Pierre : "M'aimes-tu ? M'aimes-tu ? M'aimes-tu ? " Il lui demande en quel­que sorte de mentir sur sa propre capacité d'anticiper. La prière nous donne une vue anticipative de ce pour­quoi nous sommes faits, nous devons nous y préparer et ne pas accepter que la culpabilité qui peut être saine, ne nous fasse désespérer et de nous, et de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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