AU FIL DES HOMELIES

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C'EST LA PAROLE DE DIEU QUI JUSTIFIE

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – A

(21 février 2005)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

e vous le dis, celui-ci descendit chez lui justifié, l'autre, non". L'histoire de la justification est une histoire importante et grave dans l'itinéraire du peuple d'Israël. Israël s'est toujours considéré comme le peuple choisi par Dieu, appelé, élu. Ce peuple élu est aussi ce peuple qui, dans la vraie vocation prophétique a pour mission de manifester aux autres nations qu'elles sont appelées à l'instar d'Israël, à connaître la présence de Dieu, connaissant cette présence de Dieu, recevant sa Parole, à l'accomplir et la réaliser, et l'ayant accomplie et réalisée, se trouvant ainsi justifié parce qu'élues dans la sainteté même de Dieu.

Le problème de la justification est si important, lié à l'élection, que le christianisme lui-même va être confronté à ce problème. Il suffit de se rappeler dans l'histoire de l'Église, aussi bien à travers ce que saint Augustin a vécu et combattu, notamment, contre les Pélagiens, et avec Luther dans le problème de la justification, combien nous sommes là au cœur de l'expression de la foi chrétienne. Je dis l'expression de la foi chrétienne, car la justification touche au principe de vie, un principe éthique, un principe moral, c'est-à-dire d'action par rapport à ce que je sais et que j'ai entendu, à l'appel que j'ai reçu. Dieu continue encore aujourd'hui de dire à son Église : "Soyez saints comme je suis saint". Et tout le principe du christianisme, c'est en somme de se confronter à la Parole de Dieu pour voir si les actes que nous posons sont conformes à ce que Dieu nous demande. Il suffit d'ouvrir n'importe quelle invitation qu'un organisme dans l'Église fait, y compris lorsqu'il s'agit de la conférence des évêques de France, aux chrétiens d'une sorte de relecture de vie, vous avez toujours ce principe-là : la Parole de Dieu me dit que … et moi, qu'est-ce que je fais ?

Seulement, ce qui se passe, c'est un peu comme le pharisien, nous avons tendance à nous accaparer la Parole de Dieu, à la chosifier, et la chosifiant, à la réduire. A la réduire à quoi ? eh bien ! au principe de nos actions. Autrement dit, par ce que je fais, je rends quasiment ma vie comme étant à la source de l'expression de la Parole de Dieu. C'est ce que fait le pharisien par rapport au publicain. Il dit une chose qui est absolument essentielle dans la prière d'Israël comme dans la prière de l'Église : "Seigneur, je te rends grâces", c'est l'eucharistie. C'est la première chose que nous avons à faire : "Je te rends grâces", mais ayant rendu grâces comme le demande la Parole de Dieu, il dit : "Je te rends grâces de n'être pas comme … ceux qui sont adultères, comme ceux qui font telle chose, et pire, comme mon voisin !" Comme ce publicain qui est là à mes pieds, il prie à genoux. Je te remercie de ne pas être comme mon voisin ou ma voisine, ça peut valoir aujourd'hui dans nos bancs. Et Jésus dit : certes, le pharisien a certainement tout fait, il a jeûné, il a partagé ses biens, il a donné la dîme, il est irréprochable, mais il n'est que justifié par rapport à ce qu'il a fait, lui. Finalement, il peut dire : je suis bon ! et non seulement je suis bon, mais je suis meilleur que l'autre. Et le publicain comprend certainement mieux la Parole de Dieu. Il comprend que son action ne peut pas épuiser la Parole de Dieu qui est d'ailleurs elle-même action, comme lorsque "Dieu dit et cela est".

Autrement dit, c'est le publicain qui comprend que la Parole de Dieu reste une source de vie, et qu'elle dépassera toujours même ce que je peux faire ou réaliser. C'est pourquoi la Parole de Dieu est la seule capable de justifier, c'est-à-dire de rendre saint. Et vous le voyez, pour prendre un exemple, je ne suis pas saint parce que j'accomplis tous les actes moraux, bons, et qu'ensuite, je peux présenter mon offrande à l'eucharistie et communier pleinement parce que je serai juste, pur et saint, mais dans une assemblée eucharistique, nous reconnaissons comme le publicain que nous sommes d'abord injustes, pécheurs, etc … et que c'est de l'eucharistie elle-même, de la célébration de la Parole de Dieu, et de la réception du don de cette Parole dans le corps et le sang du Christ, que nous sommes pleinement et justifiés et sanctifiés. Autrement dit, il s'agit de reconnaître que la Parole est la source de vie de grâce et de miséricorde. Si je crois que la source de vie, de grâce et de miséricorde dépend de moi, je n'aurai comme récompense que ce que je suis, avec toutes mes limites. Mais si je reconnais que la source de vie, de grâce et de miséricorde, c'est Dieu lui-même, alors toutes les limites sont dépassées, transfigurées, et ressuscitées par celui-là même qui a voulu que j'existe et que je vive juste et sanctifié à ses yeux, parce que c'est le cadeau que lui-même veut me donner.

 

 

AMEN

 

 
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