AU FIL DES HOMELIES

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TROIS HOMMES

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – A

(18 février 2008)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

C

ertains d'entre vous se souviennent peut-être que le jour du mercredi des cendres, le Frère Daniel nous a proposé comme exhortation de carême de partir de cette parabole du pharisien et du publicain, donc je ne reviendrai pas sur la notion du look. Je vous inviterais plutôt à une méditation en trois actes, trois hommes : le pharisien, le publicain, et Daniel le prophète.

Le pharisien, comment dire, je crois que Dieu n'est même pas en colère contre lui. Dieu est déçu, Il a face à lui un homme plein de lui-même, un homme qui pense qu'il est à l'origine de ses actions, qui et comme la belle-mère de Blanche-Neige cette femme qui convoque son miroir pour qu'il puisse lui dire à chaque instant qu'elle est la plus belle. Le pharisien, c'est exactement la même chose, qu'est-ce que sa prière ? C'est le moment où il convoque Dieu pour que Dieu puise lui dire qu'il est le plus beau. C'est triste parce que cette prière ne débouche sur rien, et surtout ne débouche sur aucune histoire. Il n'y a pas de rencontre entre le pharisien et Dieu. Tout simplement parce que le pharisien interdit à Dieu de pouvoir lui donner quoique ce soit ou au moins de lui partager quelque chose. Comment voulez-vous tisser une histoire avec quelqu'un qui se suffit à lui-même ? Et Dieu repart. En fait, pour le pharisien, la prière c'est la case arrivée au-delà de laquelle il n'y a rien.

Le publicain c'est le contraire. C'est cet homme qui n'a pas noirci sa page avec des tas d'actions, ne laissant même pas la moindre place à Dieu pour y venir. Le publicain, c'est cet homme qui se sait pécheur et qui dans sa prière présente une page blanche à Dieu et qui lui dit : voilà, je suis minable, je ne peux rien faire sans toi, j'ai besoin de toi. Cette prière, vous comprenez bien ce n'est plus la case arrivée du pharisien, mais c'est la case départ, c'est la possibilité enfin de commencer une histoire avec Dieu. Paradoxalement, cette prière qui choque si souvent les non-chrétiens, : ah ! voilà encore les chrétiens qui se battent, je suis un pauvre pécheur, je en sais rien faire etc … paradoxalement, cette prière elle aboutit vers quelqu'un elle est pleine d'espérance. C'est vraiment la prière de celui qui à la fois se sent prisonnier dans sa vie, dans ses péchés, prisonnier dans la société, peut-être que même justement le publicain sentait le regard plein de jugement du pharisien sur lui, et en même temps, il se dit : non, ce n'est pas vrai, je ne suis pas pris dans les rails d'une histoire déjà écrite, il m'est encore possible de démarrer et de vivre quelque chose avec Dieu. je ne t'offre rien, parce que je sais que de ce rien, tu peux en faire quelque chose.

C'est vrai qu'on n'est pas tous pharisiens ni publicains, mais y aurait-il la place pour quelqu'un d'autre ? C'est là que la première lecture nous est d'un grand secours. Daniel le prophète, c'est le pur pharisien dans son action, il jeûne, il prie, il se lamente, il fait des tas de BA très bien, et en même temps, il est au cœur de la prière le publicain. Dans la prière, il découvre que ce qu'il est capable de faire, il ne le fait pas par ses propres forces, mais il puise dans la prière justement la possibilité de continuer son action. Pharisien dans l'action et en même temps profondément publicain dans sa prière. Mais ce que je crois encore plus beau dans la prière de Daniel, c'est que cette prière ne s'arrête pas dans une sorte de dialogue entre Dieu et lui. Ce qu'il y a en plus dans sa prière, et que nous ne trouvons ni dans la prière du pharisien, ni dans celle du publicain, c'est cette solidarité extraordinaire de cet homme juste vis-à-vis des pécheurs. Daniel avait tout pour dire en lisant Jérémie : ça ne me concerne pas. Donc, je suis juste, je prie, je sais éventuellement que la justice ne vient pas de mes propres actions, mais la grandeur de Daniel, c'est qu'il est juste et qu'en même temps il est profondément solidaire du péché de son peuple et du devenir du peuple d'Israël.

Frères et sœurs, je crois que ces trois figures et plus particulièrement la dernière, celle de Daniel nous invite à méditer sur le sens de notre prière. Ce qui est très beau dans la prière de Daniel, c'est qu'elle s'ouvre aussi à l'humanité. C'est peut-être ce qui fait la qualité et la grandeur de la prière de Daniel, pour continuer l'histoire qui n'est pas écrite dans l'évangile du publicain qui s'en va justifié, la plus grande justification que nous recevons c'est de regarder, de prier et surtout de porter de nos frères et de nos sœurs, même si nous ne péchons pas ou du moins, ne croyons-nous pas ne pas pécher.

 

AMEN


 

 

 

 
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