AU FIL DES HOMELIES

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PRENDS PITIÉ DU PÉCHEUR QUE JE SUIS

Dn 9, 3-6+15-19 ; Lc 18, 9-14

Lundi de la deuxième semaine de carême – B

(5 mars 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Sois ce que tu es !

F

rères et sœurs, "quiconque s'élève sera abaissé, quiconque s'abaisse sera élevé". On pourrait lire cette petite morale de la parabole d'une façon finalement assez simple, en disant que celui qui veut se valoriser lui-même n'y arrivera jamais, en réalité, ce sera la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Celui qui au contraire, reste toujours simple au ras des pâquerettes ne risque pas d'être déçu et de décevoir les autres, de toute façon, il prend le profil minimum, donc, comme c'est déjà le profil minimum, il ne pourrait pas s'abaisser encore plus, donc, cela ne peut que lui profiter.

Ce serait une première lecture si Jésus n'avait dit que cela. Mais il le dit à propos d'une parabole extrêmement subtile, qui a toujours été mal interprétée, puisque c'est depuis lors que les chrétiens se mettent au fond des églises ou le plus loin les uns des autres. Jésus a dit cette parabole pour nous mettre en garde vis-à-vis de ce qui va servir d'ascenseur. Dans cette histoire du pharisien et du publicain, le processus est très clair : le pharisien se sert de la religion pour s'élever et le publicain se sert de la religion pour se mesurer. Il y en a un qui prend la vie religieuse comme un moyen d'auto promotion, c'est un système classique, je fais ceci et cela, donc je deviens davantage. Finalement, le comportement du pharisien, c'est de s'appuyer sur un certain nombre de rites, de pratiques, de commandements, de lois, qu'il prend comme système de valorisation. C'est là que se situe le péché du pharisien. De quoi se vante-t-il ? de ses actes religieux. Il dit que ses actes religieux sont au-dessus de la moyenne. Il a instrumentalisé le religieux. Tandis que le pauvre publicain, il sait ce qu'est le comportement religieux, mais il dit : je n'y arrive pas. Je ne peux même pas essayer de me valoriser sur ce registre-là. Je n'en suis pas capable. Je suis livré à une incapacité radicale.

Je trouve que cette parabole est d'une grande actualité.C'est vrai qu'aujourd'hui le phénomène religieux est en pleine mutation, et on retrouve les deux comportements : il y a ceux pour qui la religion est un luxe spirituel. Peu importe où l'on va puiser, pourvu que cela me fasse du bien. Le comportement religieux, même s'il n'a pas la prétention de nous rendre meilleur que les autres, joue simplement le rôle de nous rendre meilleur : je me sens bien dans ma vie, cela me fait du bien, c'est utile, c'est "ma" religion. C'est d'ailleurs ce qui permet de dire que c'est celle-là que je choisis, puisque c'est celle qui me fait le plus de bien. Cela a l'air sincère, mais c'est aussi hypocrite que le pharisien, il ne faut pas se faire d'illusion.

Tandis que le publicain, c'est celui qui se rend compte de la destinée à laquelle il est appelé, et qui mesure son incapacité radicale : j'aimerais bien, mais je n'y arrive pas. Il est immédiatement mis non plus sur le registre du religieux qui vous valorise, mais sur le registre du religieux qui vous fait mesurer la réalité. C'est une des choses à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui, si nous proposions la foi ou la vie religieuse simplement comme un moyen d'amélioration de ce monde, c'est une profanation. Si nous sommes souvent un peu déçus dans notre apostolat, dans nos contacts, dans notre manière de partager notre expérience de foi, c'est parce que si nous sommes loyaux vis-à-vis de nous-mêmes, on s'aperçoit qu'on n'est jamais à la hauteur : "Prends pitié du pécheur que je suis".

On comprend très bien que la liturgie ait choisi ce texte pour le carême. Le carême c'est de réenvisager fondamentalement notre attitude vis-à-vis de Dieu et de fait, ou bien on prend Dieu comme piédestal et cela me valorise et je fais tout ce qu'il faut, ou bien on se retrouve en face de Dieu, plus démuni et plus pauvre que jamais, c'est à ce moment-là que peut naître une vraie prière, une vraie supplication, une vraie intercession.

 

AMEN

 

 

 

 
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