AU FIL DES HOMELIES

Photos

 REGARDER LE DONATEUR PLUTOT QUE LE SALAIRE

 Is 1, 11-18 ;Mt 20, 1-16
(Mardi 23 février 2016)
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

F

 

rères et Sœurs, voilà une page d’évangile qu’il est assez difficile d’intégrer à la doctrine sociale de l’Eglise. En effet, la manière dont Jésus propose le traitement des ouvriers à la vigne n’est pas tout à fait conforme à certains slogans modernes « Travailler plus pour gagner plus » ou bien pour encourager l’ardeur au travail. Donc ce n’est sûrement pas de ce côté-là qu’il faut chercher le sens de cette parabole. Si c’était uniquement pour exhorter à en faire le plus possible pour le royaume de Dieu, si c’était purement d’ordre quantitatif, vous l’avez vu, ça ne marche pas. Je crois qu’à la fin, ils se font renvoyer comme des malpropres en s’entendant dire : « Tu as ton denier, tu as le salaire dont nous avions convenu, je ne veux plus te voir ». En réalité, c’est presque un renvoi. C’est assez terrible, cette parabole, il ne faut pas essayer de se voiler la face. Ce n’est pas une parabole sur le mérite. Ca nous paraît curieux, parce que la plupart du temps, dans notre tête, la religion, c’est acquérir des mérites. Là, tout tombe par terre, il n’y a pas de mérite à acquérir, il n’y a pas de « plus ».

 

 

Pourquoi ? D’abord pour une raison très simple : d’abord, si c’est vraiment Dieu qui donne la récompense, Dieu ne peut pas donner plus que lui-même, et il ne peut pas donner moins non plus. Par conséquent, c’est le fait que Dieu donne absolument qui est en cause dans cette histoire. C’est le fait que Dieu a fait la grâce à tous ces gens, quelle que soit l’heure à laquelle ils sont appelés, de pouvoir entrer dans cette relation avec lui.

 

 

Et si au lieu de tenir compte de qui est le donateur, on regarde simplement le salaire, on a déjà raté sa journée. Je crois que c’est un des enseignements les plus radicaux du Christ, ce qu’il faut voir, c’est celui qui donne et non pas ce qui est donné. Ca ne veut pas dire qu’entre nous, il faut dire aux gens « Je te donne très peu parce que c’est moi qui te le donne », ça, c’est une application indue à mon avis. Mais la vérité de cette affaire, c’est : « si Dieu t’invite à la vigne, tu viens et tu ne poses pas de condition ». C’est d’ailleurs ce qu’il fait. Avec les premiers, il pose des conditions. C’est normal parce que le matin, on veut quand même savoir à peu près à quel tarif on est embauché. Mais après il ne leur dit rien. Il leur dit « Venez travailler à ma vigne ». Donc d’une certaine manière et c’est ça d’ailleurs qui est très intéressant, les premiers y sont entrés pour le salaire. Alors que l’attitude des seconds (pour eux, c’est d’ailleurs le travail à la vigne ou peigner la girafe) est déjà entrée dans une certaine gratuité. On verra bien ce qu’il nous donne, peu importe. Quant à ceux de la onzième heure, ce sont peut-être un peu des tire-au-flanc parce qu’ils disent «  de toute façon, il n’y a qu’une heure à travailler, on n’y perdra rien, on a tout à gagner ».

 

 

Mais le fond de l’affaire, c’est quand même la gratuité de Dieu, la gratuité du don de Dieu. Ce que n’ont pas compris les premiers vignerons, c’est que l’invitation à travailler dans la vigne était une offre d’amitié, de confiance et d’alliance que Dieu leur donnait. C’est pour cette raison qu’on lit ce texte pendant le temps du carême : pour nous rappeler l’Alliance. Il est certain que beaucoup d’entre nous, nous nous considérons (il ne faut pas non plus exagérer) comme des ouvriers de la première heure et nous considérons que nous avons accumulé pas mal de chose. Il n’empêche que le prototype de la sainteté et le premier qui est entré au Paradis, c’est le bon larron, celui qui a reconnu Jésus sur la croix, quelques minutes avant sa mort. On ne devrait jamais oublier ça : le premier à escorter Jésus entrant dans la gloire et la victoire de la résurrection, c’est le bon larron. « Aujourd’hui même, tu seras avec moi en Paradis ». C’est ce que nous croyons et je crois qu’il faut admettre que la réalité par laquelle nous sommes les premiers appelés, au sens chronologique du terme, ne nous donne aucun droit sur les autres. Difficile par certains moments de se dire que nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur, on a pratiqué, on a essayé de faire le mieux possible, on a jeûné pendant le carême, et tout ça, ça ne vaut pas plus que ceux qui au dernier moment découvrent la splendeur de l’amitié de Dieu. Et bien oui. Comme le répètent aussi bien l’Ancien Testament que le Nouveau, si Dieu fait alliance, il ne fait pas plusieurs degrés d’alliance. Quand il fait alliance, il donne son amitié, il donne son amour, il donne son pardon et c’est inconditionnel.

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public