AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'EAU SIGNE DU BAPTÊME

Is 1, 11-18

(6 mars 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Pâques 2009 : Baptême de Virgine 

F

rères et sœurs, plutôt que de développer cette parabole bien connue qui nous rappelle au début de ce temps de conversion du carême, la gratuité du pardon de Dieu qui ne dépend pas de nos efforts, du temps passé au service de Dieu, ni du poids du jour et de la chaleur, mais qui dépend seulement de l'amour de Dieu, je voudrais vous dire quelques mots du texte d'Isaïe que nous avons lu auparavant. 

       Ce texte est lui aussi tout à fait fondamental pour le sens du carême. Ceci de deux manières. Tout d'abord, en relation avec notre conversion. Isaïe proclame de la part de Dieu : "Quand vous venez vous présenter devant moi, que m'importent vos innombrables sacrifices. Je suis rassasié des holocaustes, vos néoménies, vos réunions mon âme les hait". Voilà que Dieu condamne tout ce culte extérieur accumulé par les siècles dans l'Ancien Testament, il ne veut ni sacrifices, ni holocaustes, ni rites ni fêtes extérieures. Que veut-il donc ? "Vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, cessez de faire le mal, recherchez le droit, faites droit à l'orphelin, plaidez pour la veuve, voilà ce que Dieu aime". Nous le disions au début du carême : "Le jeûne qui me plaît, c'est soulager ceux qui sont dans la détresse".

       C'est une révolution dans la conception de la morale des peuples anciens. Jusqu'aux prophètes d'Israël, que ce soit la Loi de Moïse telle qu'elle nous est présentée dans le Lévitique, que ce soient les conceptions de la faute dans les différentes religions ou les différentes civilisations, il s'agissait toujours d'enfreindre un tabou, de faire quelque chose qui n'est pas permis, d'être en illégalité à l'égard de la règle, et pour se délivrer de cette faute commise volontairement ou par inadvertance, peu importe, on recourrait à des rites, d'où les sacrifices, les purifications, toutes ces pratiques qui en Israël, comme ailleurs, s'étaient multipliées. La prédication des prophètes dont Isaïe dont le texte est un témoignage majeur va renverser cette situation : le mal ne consiste pas à enfreindre un interdit, à manquer à un commandement  ou une loi, le mal c'est de mépriser son semblable et de verser le sang, c'est de faire le mal aux autres. Voilà le vrai péché et c'est pourquoi Dieu rejette tous les rites purement extérieurs quand ils ne sont pas animés par une vraie conversion du cœur par laquelle nous nous détournons de nous intérêts, de notre mépris pour les intérêts des autres, afin de nous convertir à aider nos frères dans leur détresse. 

       C'est grâce aux prophètes d'Israël que la nouvelle façon de concevoir la morale du culte de Dieu se sont répandus et c'est cela à quoi nous sommes appelés aujourd'hui encore dans le carême. 

       Le deuxième point où ce texte d'Isaïe est important pour notre temps du carême, c'est son rapport au baptême. En effet, avant d'être le temps de notre conversion, le temps du carême est celui de la conversion radicale des catéchumènes, de ceux qui ne connaissant pas Dieu se tournent vers lui pour lui demander la grâce dans le baptême. Si nous cherchons à convertir notre cœur, nous qui avons été baptisés il y a longtemps, c'est pour accompagner les catéchumènes, c'est pour revivre à travers eux notre propre baptême, car la nuit de Pâques est tout entière centrée sur cette résurrection baptismale, celle que vivront les catéchumènes et à laquelle ils se préparent  pendant ce carême, celle que nous-mêmes avons vécu et  ne cessons de revivre chaque année. Ce texte d'Isaïe utilise effectivement cette image de l'eau : "Vos mains sont pleines de sang lavez-vous, purifiez-vous. Si vos péchés étaient rouges comme l'écarlate, ils vont blanchir comme la neige". Le Seigneur nous promet de nous laver de nos fautes, de tous nos péchés. L'image de l'eau, du bain qui consiste à se laver le corps pour signifier la purification du cœur, nous est proposée par Isaïe. Chez les prophètes, il s'agit seulement d'une image, c'est Jean-Baptiste qui aura la mission et qui saura avec génie mettre cette image en pratique en plongeant les foules dans les eaux du Jourdain pour les préparer à la venue du Messie. Jésus lui-même reprendra ce geste, nous avons tous été plongés dans l'eau non pas pour faire un rite de plus qui s'ajouterait aux sacrifices de l'ancienne Loi, mais pour signifier cette purification du cœur que Dieu accomplit en chacun de nous, qu'il a accompli au début de notre vie chrétienne et qu'il ne cesse de renouveler de jour en jour.

       Frères et sœurs, que notre conversion du cœur soit authentique et vraie et non pas seulement rituelle, qu'elle soit motivée d'abord parce que nous faisons route avec nos frères catéchumènes et que nous nous réjouissons de les accompagner sur ce chemin où ils vont recevoir dans le signe de l'eau la miséricorde gratuite de Dieu. 

 

       AMEN 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public