AU FIL DES HOMELIES

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HUMOUR ET MISÉRICORDE

Dn 9, 3-6+15-19 ; Mt 18, 21-35

Mardi de la deuxième semaine de carême – B

(9 mars 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

'une des attitudes spirituelles, vraiment spirituelle au sens du terme dont nous manquons le plus dans notre recherche de Dieu et dans notre vie avec le Seigneur, c'est très certainement l'humour. En effet, je crois que dans notre vie déjà, nous savons bien que nous menons une vie extrêmement sérieuse, avec beaucoup d'occupations, un agenda extrêmement chargé, et par conséquent, on n'a pas le temps de faire de l'humour et surtout de vivre dans l'humour. Plus encore, lorsqu'il s'agit de Dieu, cela ne nous vient même pas à l'esprit que dans notre relation avec Dieu, il y a un aspect, fondamental qui s'appelle l'humour. Mais plus encore, lorsqu'il s'agit de notre péché, lorsqu'il s'agit de nous reconnaître tels que nous sommes, alors là nous manquons totalement d'humour. Nous n'avons aucun humour. Nous n'avons qu'un vague sentiment de culpabilité qui nous enferme, qui nous étouffe sur nous-mêmes. Nous avons une mauvaise conscience folle. Nous avons peur de nous adresser à Dieu. Nous avons peur de nous confesser. Nous n'avons aucun humour, en matière de rapports avec ce Dieu qui est miséricorde.

Or ce que veut nous montrer cette parabole de manière éclatante, c'est que si on n'a pas d'humour, et bien, on ne peut pas pardonner. En effet, cet homme aurait dû avoir un minimum d'humour vis-à-vis de lui-même. C'est vrai qu'il était parfaitement dans son droit, même si le maître, le roi lui avait remis sa dette, en réalité son compagnon lui devait cent deniers. C'était rien du tout, mais il n'avait pas cette espèce de distance vis-à-vis de ce qui lui était dû. Et dans la relation qu'il avait avec son frère, il était incapable de se dire : puisque Dieu m'a remis tant, qu'est-ce que cela peut faire que je récupère ou non cent deniers ?

En effet, l'humour est tout autre chose que l'ironie. L'ironie c'est quelque chose qui écrase, c'est quelque chose qui anéantit. C'est une manière très simple et très facile de prendre une position supérieure par rapport aux autres. Tandis que l'humour suppose toujours une sorte de compassion profonde avec les situations que l'on veut décrire. L'humour est toujours un véritable accord du cœur à la situation paradoxale des autres. C'est pour cela qu'il est miséricorde. Cet acte par lequel nous accordons notre cœur à la situation embarrassée de quelqu'un d'autre. Et d'autre part l'humour n'est jamais sérieux, il est grave, c'est-à-dire qu'il mesure exactement toute l'humanité et toute la profondeur de la situation qui fait naître dans le cœur un certain sourire, un bon sourire de tendresse, de compassion, de distance vis-à-vis de soi-même, de détachement.

Puisque nous sommes sur ce chemin de pénitence, que dès le premier jour le Christ nous a dit : "Lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête", est-ce que ce n'est pas une certaine manière de vivre la pénitence, que de la vivre avec beaucoup d'humour, de l'humour dans nos relations et surtout cet humour qui nous manque si cruellement, cet humour vis-à-vis de nous-mêmes. Et cela nous avons un moyen très simple de l'acquérir, c'est simplement de considérer la dette qui nous a été remise. Cette grande dette, ce n'est plus seulement en talents qu'elle s'exprime ou qu'elle se chiffre. Cette dette que nous devons au Seigneur, c'est le sang même du Christ. Alors, si pendant ce carême, il nous est demandé de pardonner du fond du cœur, il ne faut pas nous contenter de pardonner de manière morose en disant : "Je le fais parce qu'il faut le faire", mais il faudrait, en plus, qu'il y ait cet humour qui donne au pardon sa profondeur et la marque de cette présence de la miséricorde de Dieu dans notre cœur, parce qu'à ce moment-là, ce serait le signe inéluctable que nous avons appris un tout petit peu à faire miséricorde.

 

AMEN

 
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