AU FIL DES HOMELIES

Photos

PERSONNE NE NOUS A EMBAUCHÉS !

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de carême – C

(1er mars 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Allez travailler à ma vigne …

C

 

ette parabole des ouvriers de la onzième heure est un peu comme la charte de l'évangile. En effet, les ouvriers embauchés dès le matin, qu'ils désignent le peuple juif par rapport aux nations païennes, qu'ils désignent les pharisiens, c'est-à-dire les justes par rapport aux pécheurs, qu'ils désignent les bons chrétiens par rapport à ceux qui ne connaissent pas encore le Christ, ces ouvriers de la première heure commettent tous la même erreur. C'est l'erreur de ne pas comprendre que de se trouver dans la vigne du Père depuis le début de leur vie, d'y avoir passé toute leur existence avec les meilleurs moments et les moins bons, ce n'est pas "supporter lourdement le poids de la chaleur", ce n'est pas avoir droit à un salaire ou à une récompense, c'est au contraire, la plus grande joie. Etre dans la vigne du Père, être chrétien dès le début de sa vie, avoir connu l'amour de Dieu pour soi dès l'origine de son existence, c'est la plus grande chance, c'est le plus grand privilège, c'est la plus grande joie. Cela ne nous donne pas plus de droits. Cela, au contraire, nous apporte quelques devoirs, car, combien il est important d'avoir pu grandir, d'avoir pu ouvrir les yeux sur ce monde, d'avoir pu apercevoir chaque chose, une par une, déjà dans la lumière de Dieu. Avoir été baptisé, être enfant de Dieu, le savoir depuis le premier instant de sa vie, quel extraordinaire privilège ! Aussi bien le Royaume de Dieu, aussi bien la vie chrétienne, aussi bien connaître le Seigneur n'est pas une charge lourde à porter, c'est au contraire, une allégresse, c'est une force, c'est un dynamisme qui traverse toute notre vie et qui doit nous remplir de joie et de bénédiction.

Au fond, cette erreur qu'ont faite les ouvriers de la première heure, c'est un peu celle du fils aîné dans la parabole de l'enfant prodigue, lui qui voyant son père faire une grande fête pour le retour de son frère qui était parti, se plaint et lui dit : "Moi je te sers toujours, tous les jours" comme si c'était une chose dure et pénible de servir le Père, d'être dans son intimité jour après jour et de travailler pour Lui. Alors qu'au contraire, comme le Père lui répond : "Mon enfant, tout ce qui est à moi, est à toi". Tu le sais bien, nous le vivons ensemble et la communion entre toi et moi est parfaite, elle est totale, elle est permanente. Que demandes-tu de plus ?

Quelle erreur d'optique ! Quelle déformation du regard que de ne plus se rendre compte de ce privilège indéniable d'amour, de tendresse, de proximité de Dieu, de cette connaissance de Dieu, à côté de ceux qui n'ont pas cette chance. Car des ouvriers de la dernière heure, il ne nous est pas dit dans la parabole qu'ils sont restés volontairement à l'écart de la vigne, qu'ils sont restés par paresse, en dehors de ce travail. Quelle est leur réponse quand le Seigneur leur demande : "Pourquoi êtes-vous restés là, oisifs, jusqu'à cette heure tardive ?" - "Parce que personne ne nous a embauchés."

Alors, frères et sœurs, pensons à tous ces frères qui sont autour de nous et que personne n'a embauchés. Peut-être est-ce notre rôle, à nous chrétiens, de les embaucher pour la vigne du Seigneur, de les appeler à cette bénédiction, à cette joie, au partage de ce privilège extraordinaire que nous avons eu. Et qui sait si ce n'est pas nous qui sommes coupables s'ils ne connaissent pas encore le Christ, s'ils n'ont pas été séduits par son Visage, s'ils n'ont pas compris son message d'amour ? Car nous le transmettons si mal ce message d'amour, nous le répercutons de façon si défectueuse, si caricaturale. Et s'il y a tant d'ouvriers de la onzième heure, car finalement c'est bien eux qui constituent la majorité de nos concitoyens, c'est parce que les chrétiens ne savent pas suffisamment prêcher par leurs paroles, mais surtout par leur vie, par le rayonnement de leur regard, par le sourire qui éclaire leur visage, par cette joie qui devrait émaner de tout leur être. Ils ne savent pas prêcher suffisamment ce Royaume de Dieu, cette vigne où il est si heureux de se trouver auprès du Seigneur.

Que ce carême soit pour nous un temps où nous prenons conscience du privilège qui est le nôtre et où nous prenons le souci de tous ces frères qui sont les nôtres et qui ne sont pas encore embauches, qui ne sont pas encore entrés dans la vigne et qu'il faudrait conduire jusqu'à cette rencontre avec le Christ Seigneur.

 

AMEN


 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public