AU FIL DES HOMELIES

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Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de carême – B

(5 mars 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Q

 

uand Jésus s'adressait aux juifs par cette parabole, Il voulait leur faire comprendre que eux, qui étaient le peuple élu, élu depuis la première heure du jour avec Abraham et les Patriarches, ils ne devaient pas considérer que cette élection était un privilège qui les mettrait au-dessus des nations païennes qui, pendant si longtemps, avaient vécu en dehors de la vigne du Seigneur et n'étaient appelées qu'à la toute dernière heure du monde, quand Jésus Lui-même venait pour révéler l'universalité du salut.

Cette parabole est donc une de ces nombreuses paroles du Christ qui annoncent que le salut est pour toutes les nations, que ce n'est pas seulement le peuple juif qui doit entrer dans le Royaume, mais que tous les peuples de l'univers sont aussi appelés. Si les juifs ont été choisis les premiers, c'est pour préparer le Royaume, afin que tous puissent y entrer, et non pas pour être seuls bénéficiaires de cet appel. Les Pères de l'Église ont développé ce thème en montrant qu'on peut faire correspondre les différentes alliances qui ont jalonné l'histoire de l'humanité avec les différentes sorties du maître qui va embaucher des ouvriers pour sa vigne. Les ouvriers de la première heure sont ceux qui ont répondu à la toute première alliance, celle de la création, celle de Noé. Ceux qui sont embauchés à la troisième heure, c'est Abraham et par lui, Israël. Ceux qui sont embauchés à midi sont ceux qui se sont rattachés à Israël au cours de l'histoire sous David et au retour de l'Exil. Et enfin, à la onzième heure, c'est-à-dire en fin d'après-midi, juste une heure avant le coucher du soleil, c'est l'appel de toutes les nations païennes dont nous sommes, nous, les descendants. Cela entraîne plusieurs réflexions.

Tout d'abord à l'égard du peuple juif : il n'y a pas de privilège. Jamais Dieu n'appelle quelqu'un pour le mettre à part ou au-dessus des autres, pour lui donner quelque chose qu'il devrait soigneusement garder pour lui seul, pour son profit personnel. Tout appel de Dieu est donné pour rayonner sur le reste des hommes. Tout don de Dieu doit, à travers nous, bénéficier à tous. C'était cela l'appel d'Israël et c'est cela qu'Israël n'a pas pleinement compris et qu'une partie notable du peuple juif n'a pas su vivre, en se rebellant contre cet universalisme que Jésus venait annoncer à la suite des prophètes et même d'Abraham à qui il fut dit : "En toi se béniront toutes les nations de la terre."

Ce qui est vrai des juifs est vrai de nous aussi. Ce que nous recevons, nous ne le recevons pas pour nous-mêmes, pour le garder précieusement comme un bien propre. Tout don reçu doit être partagé avec ceux qui n'ont pas reçu autant que nous, non pas parce que Dieu serait injuste et donnerait plus aux uns qu'aux autres, mais parce que Dieu donne différemment à chacun, pour que tout serve au bien de tous.

Nous qui sommes les descendants de ces peuples païens que Jésus a appelés à son Royaume nous sommes toujours les ouvriers de la onzième heure. C'est par pure grâce que nous avons été appelés car Il n'y a pas de mérites à faire valoir devant Dieu et nous sommes appelés gratuitement. Dieu donne, non pas parce que nous ayons mérité, mais parce qu'Il veut donner, parce que la profusion et la générosité de ses dons sont la caractéristique de son amour. Notre appel doit être considéré comme une chose extraordinaire et merveilleuse qui doit, à la suite des premiers appelés par le Christ et les premiers prédicateurs de l'évangile, nous éblouir et remplir nos cœurs d'allégresse. Le fait que nous soyons chrétiens est une grâce merveilleuse. Et cet appel qui nous a été adressé, non pas comme à des riches mais à des pauvres, non pas comme à des gens capables mais à des gens qui sont gratuitement "repêchés" in extremis, cet appel doit être pour nous, source de jubilation et d'action de grâce. Et ceux qui n'ont pas encore entendu cet appel, qui sont les ouvriers de la onzième heure et demie ou onzième heure trois-quarts, seront sauvés comme nous, par la même grâce, avec la même profusion et la même générosité de Dieu. Nous devons prier pour que ce salut atteigne tous ceux qui n'ont pas encore entendu cet appel et ne pas nous replier comme l'ont fait trop de juifs, sur le privilège d'avoir été appelés avant. Que notre prière soit une prière universelle, une prière missionnaire afin que tous les hommes soient atteints par la joie de Dieu.

 

AMEN

 
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