AU FIL DES HOMELIES

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OUVRIERS DE LA ONZIÈME HEURE

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de Carême – B

(26 février 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

V

ous le savez, un texte d'évangile peut être lu sous plusieurs angles, peut avoir de nom­breuses explications. Celle d'aujourd'hui sera dans une lumière pascale.

"Le Maître de la vigne sortit". le Christ est ce maître de la Vigne. Il a surgi de la nuit. Il est sorti au matin de Pâques. Il a surgi de la nuit pour que le Jour illumine. C'est Lui le Jour. Il a surgi de la nuit pour que dans ce Jour les ouvriers se réveillent de leur pro­pre nuit. Nous sommes donc dans ce Jour, dans ce Jour de Pâques, ce jour de Pâques qui durera chaque jour et chaque nuit du temps terrestre. Peu importe l'heure, peu importe l'obscurité ou l'éclat du soleil. Nous sommes donc dans le jour de Pâques, non pas parce que nous nous y sommes mis seuls, mais parce que le Christ fait lever ce Jour sur nous.

Or que nous fait-il constater dans cette para­bole ? Malgré le Jour, il y en a encore qui sont assoupis, il y en a encore qui traînassent dans leur lit, il y a en qui ne sont pas encore sortis d'eux-mêmes, de leurs propres ténèbres, de leur paresse, de leur indolence, de leurs soucis, de leurs histoires, de leurs affaires.

Vous l'avez sans doute remarqué et Jésus y insiste dans cette parabole, cette sortie du Christ est plusieurs fois signifiée aux grandes heures du jour. "Il sortit de même à la troisième heure et à la sixième heure, et à la neuvième heure, et à la onzième heure." Et Il en trouve toujours qui sont là depuis le début du jour sans être encore réveillés. C'est le premier ensei­gnement que je vous propose. Nous sommes dans le Jour de Pâques et le temps du Carême c'est un temps de la faveur du Jour où nous sommes rappelés à la lumière pour que nous puissions, comme Jésus le dira dans un autre passage de l'évangile, vivre comme "des fils de la lumière". Et comme l'apôtre saint Jean le dit souvent dans sa première épître, pour cela, il nous faut "quitter les ténèbres" de nos sommeils. A chacun de nous de savoir où il en est de cette clarté du Jour de Pâques dans sa vie, dans son cœur, dans ses yeux.

Le deuxième point c'est la question du "sa­laire" Là encore on pourrait donner diverses explica­tions qui ne se contrediraient pas les unes les autres. Je vous en propose une à partir des ouvriers de la onzième heure.

Eux, Jésus le dit, ils étaient dehors depuis le début du jour, toujours assis par terre, à palabrer, à refaire le monde, parce qu'il faut bien s'occuper quand on ne fait rien. Or Jésus leur dit : "Vous êtes là depuis le matin et vous n'avez pas entendu mes appels ! Je suis déjà venu quatre fois". Or ils disent : "Personne ne nous a embauchés !" Pourtant le propriétaire est venu plusieurs fois les appeler. Donc, en définitive, ils n'ont pas "entendu". Non pas que Dieu soit absent, non pas qu'Il n'ait pas appelé, non pas que le Jour ne se soit pas levé, mais ils dorment encore. Non seule­ment leurs yeux sont fermés, mais aussi leur cœur et même leurs oreilles.

Ce deuxième aspect c'est celui de l'obéis­sance. L'obéissance, nous ne savons pas ce qu'elle est, ce qui est pratique car cela nous évite de bien la com­prendre et de bien la vivre. Nous la prenons pour quelque chose de contraignant, une espèce d'ordre militaire, nous ne savons pas où nous allons mais il faut y aller tout droit. Nous la comprenons souvent comme quelque chose qui nous dérange, ce qui est d'ailleurs vrai, une contrainte à notre liberté c'est-à-dire souvent à notre fantaisie. Or l'obéissance ce n'est pas une affaire "au doigt et à l'œil" C'est une question d'oreille. Le mot obéissance vient du terme latin ob-audire "écouter ce qui vient de l'extérieur". le premier moment de l'obéissance, c'est l'écoute, ce n'est pas l'exécution.

Justement, ces ouvriers de la onzième heure n'avaient pas écouté l'appel premier ni les multiples appels. Ils ne pouvaient donc pas y répondre ni entrer dans la lumière du salut, ni participer à l'œuvre du Christ qui est que l'homme soit lui-même sauvé. No­tre obéissance au jour de Pâques tombe très bien avec le carême qui est cette préparation à célébrer le jour de Pâques. Mais nous ne le célébrerons solennelle­ment que si nous avons ouvert notre oreille à la lu­mière du Jour qui viendra, elle, célébrer Pâques dans notre cœur en illuminant nos yeux et en faisant des­cendre au plus profond de notre cœur, si tant est que nos oreilles soient ouvertes, l'appel de Dieu.

C'est cela le salaire, donc il est équitable et identique pour tout le monde. C'est simplement la joie d'être sauvé dans la lumière de Pâques et de vivre les oreilles grandes ouvertes à la richesse de l'appel et de la Parole de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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