AU FIL DES HOMELIES

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LES OUVRIERS DE LA VIGNE

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de carême – C

(17 mars 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

oici une parabole qui nous est très familière et qui pourtant nous remet toujours devant une interrogation très simple et très concrète, c'est le mystère même de notre vie et de notre exis­tence chrétienne.

En effet Dieu ne peut être pour l'homme que grâce. Dans la relation de l'homme à Dieu ne peuvent pas entrer calcul, mesure et comparaison. Pour nous, humains, parce que nous vivons dans une économie "de rareté", nous sommes obligés de mesurer. Tout se mesure, tout se chiffre, tout se calcule et tout se règle par des contrats. Mais précisément, c'est parce que nous ne sommes pas créateurs. Nous sommes sim­plement des fabricateurs, c'est-à-dire ceux qui essaient de tirer le meilleur parti de la situation compte tenu des ressources limitées dont nous disposons. Et quand on l'oublie, à certains moments, l'écologie par exem­ple est là pour nous rappeler que nous ne pouvons pas puiser et taper dans les réserves du monde sans nous préoccuper de ce qui se passera dans vingt ans.

Parce que nous sommes soumis à cette loi de rareté, spontanément, nous mesurons, nous calculons et lorsque nous transposons cela dans le domaine de la religion, de la relation avec Dieu, nous croyons que, là aussi, nous allons entrer dans une économie de rareté et que nos petits efforts, nos heures passées sous le soleil brûlant vont compter plus comme heures supplémentaires avec 25% de charges sociales, par rapport à ceux qui sont embauchés simplement à la fin de la journée. Or précisément, entrer en relation avec Dieu, ce n'est pas entrer dans cette relation de rareté, de limite du produit, mais au contraire c'est entrer dans la générosité infinie du Créateur. Lorsque Dieu vient embaucher les gens sur la place, ils sont désœuvrés, et par le fait même de les embaucher, Dieu les rend participants de son héritage, de son bien qui est sa vigne. Donc l'embauche est une grâce.

Et précisément c'est ce que ne comprennent pas les ouvriers de la première heure. Ils sont incapa­bles de comprendre que, dès qu'on entre dans la rela­tion avec Dieu, la relations de création est une créa­tion de surabondance et que, donc, à la fin, tout le monde aura la surabondance, tout le monde recevra le denier. Et même si certains étaient embauchés à la dernière minute, comme c'est le cas du bon larron qui est entré le premier dans le paradis, c'est encore le même régime de la grâce et de la gratuité parce que c'est le régime de l'amour créateur de Dieu.

Ainsi donc cela nous pose toujours radicale­ment cette question : Comment vivons-nous notre vie avec Dieu ? Ou bien nous la mesurons, nous la cal­culons, nous évaluons sans cesse selon une économie de la rareté. Ou bien au contraire nous acceptons de jouer avec Dieu le jeu de l'économie de surabondance qui est précisément la grâce. Et lorsque nous sommes en ce temps de carême, que nous sommes amenés à un moment ou l'autre à regarder notre cœur de pé­cheur, ces paroles devraient nous éclairer davantage encore. Puisque même lorsque nous fonctionnons sur le régime du calcul, nous sommes la plupart du temps de fort mauvais ouvriers, à plus forte raison devrait-on mesurer l'immense richesse et l'immense gratuité de Celui qui pardonne.

 

AMEN

 

 

 
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