AU FIL DES HOMELIES

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LA VALEUR DU TEMPS

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de carême

(2 mars 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Bourgeon de vigne au printemps

 

F

rères et sœurs, cette parabole nous remet devant une question assez fondamentale : est-ce que le temps est rentable ? Je crois que surtout en français, nous avons des habitudes linguistiques qui sont redoutables car, ou bien l'on gagne du temps, ou bien l'on perd du temps. En français le temps est une loterie : ou bien cela fait gagner ou bien cela fait perdre. C'est un peu la problématique des ouvriers de la première heure, ils ont non seulement gagné du temps, mais ils estiment qu'en fonction de ce gain, comme le dit un personnage célèbre de l'actualité, ils ont travaillé plus pour gagner plus !

Précisément, Jésus n'est pas d'accord. Jésus considère qu'au fond, ce n'est pas absolument indispensable qu'on gagne plus quand on travaille plus. C'est effectivement une attitude courante très répandue, mais est-ce que le temps où l'on ne travaille pas est vraiment du temps perdu ?

Il est certain que notre regard surtout aujourd'hui, très marqué par le consumérisme, l'économie, la finance, notre regard est impitoyable sur le temps. Nous ne supportons plus qu'un instant le temps ne soit pas mis à profit, et c'est d'ailleurs pour cela, autre proverbe français, très révélateur, que "le temps c'est de l'argent". Evidemment, ces messieurs-là, ceux de la première heure, pensent aussi que le temps c'est de l'argent. Même, ils font un pas de plus, puisqu'ils établissent entre la rentabilité et le temps un rapport de justice : si j'ai consacré beaucoup de temps, je dois être payé plus, si j'ai consacré moins de temps, je dois être payé moins.

C'est vrai que nous sommes tous des ouvriers de la première heure, non seulement parce que la plupart d'entre nous nous sommes entrés dans le champ de la vigne du Seigneur aux premiers jours de notre vie, non seulement parce que nous estimons avoir supporté le poids du jour et de la chaleur, même si parfois, il ne faisait pas très chaud. En tout cas, pour ce qui est de la valeur de notre effort, nous n'avons aucun doute et sur le temps que nous avons consacré, nous pensons effectivement que Dieu nous doit quelque chose. Or, précisément, le sens de la parabole aussi difficile à avaler que ce soit, c'est : mes chers amis, je ne vous dois rien. Dieu ne nous doit rien. S'il nous a embauchés à la vigne, ce n'est pas pour gagner de l'argent nous, ce n'est même pas pour en gagner lui, il a embauché à la vigne parce qu'il a voulu nous faire participer à son projet d'amour, de création et de salut et de salut. Là-dessus, il n'y a ni revendication syndicale, ni revendication économique, ni justice sociale, ici, nous sommes dans la gratuité même de l'offre du salut de Dieu.

C'est vrai que ce serait terriblement limiter le pouvoir que de dire qu'il faudrait que Dieu nous embauche au début pour que nous soyons sauvés, comme si dans le Royaume de Dieu, il y aurait des demi-salut, des quart de salut, des sixièmes de salut et des douzièmes de salut. Si Dieu sauve, c'est sans conditions, c'est dans une entièreté absolue, et c'est cela que ceux de la première heure n'avaient pas compris. Ils n'avaient pas compris que le temps de toute façon, même le temps perdu sur la place parce que parce que personne ne vous embauche, pouvait déjà être une attente du salut et que le maître de la vigne le comprenait déjà.

Frères et sœurs, n'ayons pas le cœur trop impitoyable, acceptons que pour l'entrée dans le Royaume de Dieu, les conditions que Dieu fixe ne soient pas exactement les nôtres, et réjouissons-nous au contraire de ce qu'il y ait le plus grand nombre possible d'ouvriers embauchés à la vigne, à quelqu'heure que ce soit.

 

 

AMEN

 
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