AU FIL DES HOMELIES

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POURQUOI ES-TU JALOUX PARCE QUE JE SUIS BON ?

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de Carême – B

(21 mars 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

P

remière erreur à éviter, ce n'est pas une para­bole sur le denier du culte, même si on peut l'appliquer au denier du culte dans le sens que je vais dire.

Deuxième erreur à éviter : la mentalité des vi­gnerons syndiqués. Ici, nous sommes au cœur du pro­blème, les vignerons ne pensent qu'au mal qu'ils se donnent. Au fond, les vignerons sont comme nous, quand nous sommes en face de Dieu, nous sommes toujours en situation de contestation et de revendica­tion syndicale : on a travaillé toute la journée, ça fait un bon moment que nous, nous avons travaillé pour toi.

Or, ce qu'auraient dû comprendre les vigne­rons, vous me direz que c'est peut-être un peu difficile à comprendre parce que ça ne va pas tellement dans le sens des contrats de travail aujourd'hui, c'est qu'en réalité, le maître de la vigne raisonne en termes de participation aux biens de l'entreprise. Il considère qu'être embauché pour le Royaume de Dieu, c'est une faveur. C'est pour cette raison d'ailleurs que c'est le patron de la vigne qui va sur la place publique cher­cher des ouvriers, et ce patron considère que l'oisiveté étant la mère de tous les vices, quand il les fait tra­vailler à sa vigne, il les fait bénéficier de sa généro­sité, de sa grâce et de la possibilité de participer à la promotion de ce bien qu'est le Royaume de Dieu. Autrement dit, cela n'a vraiment rien à voir avec le pro­blème de la lutte des classes telle qu'on en a fait la théorie depuis deux siècles. C'est au contraire exac­tement l'inverse, c'est que le maître de la vigne est heureux de faire participer les vignerons à cette aventure merveilleuse de cultiver la vigne, de faire du vin, et peut-être aussi, si les vignerons avaient été vigilants de le boire à la fin.

Enfin, troisième erreur, c'est la pire : c'est que non seulement les vignerons revendiquent pour leur peine, mais ils la mesurent en se comparant, ça c'est terrible. Le regard jaloux, c'est exactement ce qui choque le maître. Au moment où il est bon, il ne sup­porte pas que la jalousie trahisse la possessivité, la rivalité, la haine ou la comparaison. Le maître de la vigne est bon en embauchant, et il est bon en donnant le salaire : tout est grâce. C'est son principe. Pour les vignerons, tout est objet de gain, d'effort, de maîtrise de la situation, de comparaison et de mesure.

Si nous lisons ce texte pendant le Carême, c'est pour nous changer le regard sur le Royaume de Dieu, c'est pour que nous n'entendions jamais un jour cette parole absolument terrible qui nous demanderait simplement ceci : " Faut-il que tu sois jaloux parce que j'ai été bon avec tout le monde".

 

AMEN

 

 

 
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