AU FIL DES HOMELIES

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LE CARÊME : LE DON D'UN TEMPS

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de Carême – A

(26 février 2002)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

O

n est largement au-delà de la politique des trente-cinq heures, parce qu'ici, non seulement c'est la réduction des heures de travail au fil du déroulement de la journée, mais en plus, qu'on travaille une heure ou huit heures, qu'on fasse des heures supplémentaires ou pas, on reçoit le même salaire. On est en pleine anarchie socio-économique, et le Maître gaspille son argent comme il le veut, puisque ceux qui n'ont travaillé qu'une heure, suprême injustice, sont payés pareil que ceux qui, comme ils s'en plaignent, "ont supporté le poids du jour et de la chaleur".

Je voudrais simplement attirer votre attention ce matin sur un aspect. Au fond, ce n'est pas uniquement, mais c'est aussi une parabole sur le "temps". Vous connaissez ce proverbe redoutable : "Le temps c'est de l'argent". Et c'est précisément ce que pensent les ouvriers de la première heure, comme le temps c'est de l'argent, cela se paie ! Et justement, ce n'est pas du tout l'avis du Maître, lui il ne pense pas que le temps c'est de l'argent, puisqu'on est payé pareil, qu'on ait travaillé douze heures, neuf heures, six heures, une heure. Donc, le temps ce n'est pas de l'argent. Et de fait, pour Dieu, le temps n'est pas de l'argent. Que signifie le proverbe : "le temps c'est de l'argent" ? Cela veut dire : je maîtrise mon temps, je l'organise comme je veux, je considère qu'il est un facteur de rentabilité, et par conséquent, je gère. Et Dieu dit : Je ne vous donne pas le temps de cette manière-là, je vous le donne comme une possibilité. Possibilité de travailler, possibilité d'attendre. Et ceux qui ont attendu d'être embauché au plus intime de leur cœur, pourquoi les soupçonner d'avoir été des inutiles ? Le temps, c'est aussi le temps de l'attente. C'est aussi le temps de l'espérance. En conséquence, pourquoi le Maître ne rémunérerait-il pas aussi ceux qui ont attendu, simplement parce qu'ils ont attendu ?

Ceci nous oblige à reconsidérer vraiment la manière dont nous expérimentons comme chrétiens, le temps. C'est vrai qu'il y a une exigence de mettre en valeur le temps au service de la mission, au service de la charité, au service de la recherche de Dieu. Mais la foi chrétienne, l'existence chrétienne, ce n'est pas le lieu privilégié de la rentabilité. On l'a parfois dit, mais c'est déjà une récupération de la grâce, comme si la grâce par elle-même ne suffisait pas et qu'il fallait la rendre rentable. Donc le raisonnement des ouvriers consiste à dire : comme on a tellement travaillé, en regard de ce que les autres ont fait, nous, notre travail supplémentaire va rentabiliser la grâce. Que de fois nous pensons comme cela. Que de fois, nous récupérons le temps que Dieu nous donne, en disant : heureusement que je suis là pour le faire fructifier ! C'est le début du péché ... c'est le début de la récupération de l'offre de Dieu. Au fond, quand Dieu nous donne le temps, Il nous le donne à la fois comme une grâce, c'est Lui qui nous donne de vivre, c'est Lui qui nous donne d'exister dans le temps, et c'est Lui qui nous offre la possibilité d'être embauchés dans ce temps pour travailler à sa vigne. Alors, avant de voir le temps uniquement en fonction de ce qu'on peut en faire et de ce qu'on veut en faire, des transformations ou des enrichissements qu'on veut lui faire subir, la première chose, c'est de regarder le temps comme un don, et comme un cadeau.

Au fond, c'est peut-être cela tout simplement le Carême ?

 

 

AMEN

 

 
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