AU FIL DES HOMELIES

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LA CONVERSION DE NOTRE REGARD

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de carême – B

(18 mars 2003)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

travers cette page de l'évangile que nous connaissons bien, nous sommes confrontés à un problème que nous connaissons encore mieux, qui est d'une actualité dans notre vie spiri­tuelle, dans cette démarche de carême qu'on ne saurait négliger.

Au fond, la question est toujours la même : peut-on mesurer, peut-on évaluer le don de la grâce de Dieu ? Recevoir simplement parce que c'est donné, c'est la règle d'or de notre relation avec Dieu. Nous sommes si souvent en train de comparer, de mesurer, de calculer, d'essayer d'imaginer des mérites, comme les ouvriers qui imaginent la peine qu'ils ont dû se donner pour travailler pendant la pleine chaleur, nous sommes toujours en train de calculer des rétributions et la valeur que nous devrions acquérir aux yeux de Dieu, comme ces hommes qui voyant les derniers arrivés, recevoir le salaire équivalent à celui qui leur avait été promis, nous sommes toujours en train d'imaginer que Dieu n'a pas fait assez pour nous.

Or, c'est précisément d'une façon inverse qu'il faut voir les choses. L'embauche ? C'est un cadeau ! Le travail ? C'est un cadeau ! Le fait de recevoir en plus le salaire à la fin ? C'est encore un cadeau ! C'est cela que les ouvriers n'ont pas cru bon de reconnaître, et je crois, il faut bien le dire, c'est un peu la manière dont nous abordons notre relation avec Dieu. Nous ne sommes pas mécontents d'avoir été embauchés dès les premiers jours de notre vie, mais en fait, nous trou­vons que la journée est longue, que Dieu en demande trop. Nous sommes de ceux qui pensent que si on s'était converti au dernier moment, ce serait peut-être plus simple. Nous sommes de ceux qui pensent que ce que Dieu nous a demandé tout au long de notre vie, à travers la fidélité, à travers les exigences de la Loi, à travers tout ce qui peut manifester notre appartenance à Dieu, tout cela nous pèse et nous coûte.

Mais, avons-nous le bon regard sur la vie de notre cœur, sur la vie de notre relation avec Dieu ? C'est au fond, la seule question. D'une certaine ma­nière, ces ouvriers, à force de ruminer, de maugréer et de murmurer entre eux, ont tué en eux, cela même que Dieu leur avait donné, c'est-à-dire le sens de la grâce, et le sens du don. Trop souvent, dans notre propre existence chrétienne, alors que nous devrions être les premiers témoins de cette parole que Jésus un jour, a dite à la samaritaine : "Si tu savais le don de Dieu", nous sommes en réalité, les managers, nous sommes ceux qui calculent, ceux qui mesurent, et ceux qui apprécient le don de Dieu. Au lieu de recevoir tout ce que Dieu nous donne comme des cadeaux, nous les recevons comme un dû. Pire encore, la plupart du temps, nous imaginons que cela même que Dieu nous a donné, c'est nous qui l'avons fait.

Un des points forts de la conversion de notre carême, ce devrait être celui-là. Ce n'est peut-être pas tant de changer de comportement, que de changer de regard. Changer de regard, parce que effectivement, même si à certains moments les choses nous apparais­sent dures à réaliser, exigeantes, en réalité, nous-mê­mes nous avons reçu cette grâce de les considérer comme ce que Dieu nous a donné. Et plutôt que de nous lamenter perpétuellement sur notre sort, plutôt que de le trouver ingrat ou insatisfaisant, nous de­vrions simplement regarder ce qui nous est donné. C'est le seul moyen de laisser la grâce transformer notre propre regard et nous faire ainsi grandir dans l'amour de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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