AU FIL DES HOMELIES

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UNE PARABOLE DE LA FOI

Is 1, 11-18 ; Mt 20, 1-16

Mardi de la deuxième semaine de carême – A

(19 février 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l est bien clair frères et sœurs, que depuis les économistes anglais et Karl Marx et toute sa descendance aussi bien du côté communiste que du côté capitaliste, cette parabole est absolument inadmissible pour une raison très simple : c'est la raison que formulent les ouvriers qui se sont levés tôt le matin pour aller travailler de six heures du matin à six heures du soir, car il n'y avait pas les trente-cinq heures. Ils râlent en disant : ce n'est pas normal, nous avons beaucoup travaillé et porté le poids du jour et de la chaleur, et les derniers qui sont arrivés à la fraîche, qui n'ont pratiquement rien fait, ils ont gagné autant que nous, comme disent les enfants : ce n'est pas juste !

Pourtant cette parabole si l'on y réfléchir bien devrait nous aider à aborder le problème du travail simplement du point de vue de la société, de façon beaucoup plus profonde et plus fine qu'on ne le fait habituellement. Car précisément cette parabole repose sur une thèse fondamentale : la valeur du travail n'est pas marchande. Le travail ne se paie pas exactement en fonction de l'effort physique, intellectuel ou sportif fourni. Le travail repose d'abord sur des données qui sont préalables à ce que l'on fait avec ses mains, sa tête ou son ordinateur. Le travail c'est d'abord un contrat, tout repose sur une relation de confiance entre celui qui embauche et celui qui est embauché. Celui qui embauche fait confiance aux ouvriers qu'il va chercher à chaque heure du jour, et les ouvriers embauchés font confiance au maître parce qu'il leur a confié un travail, il leur a confié d'aller travailler à sa vigne. On dira ce qu'on voudra, mais cette confiance-là n'a pas de prix. C'est pour cela, et vous remarquerez dans les problèmes du travail moderne, la modalité des contrats d'embauche devient une chose de plus en plus complexe. Ce n'est plus simplement que l'on paie le travail fourni, mais un contrat de travail peut être un contrat à durée indéterminée, un contrat à durée déterminée, un contrat temporaire selon telle ou telle situation sociale, etc … Donc, ce qui est préalable aux efforts et au travail fourni c'est le lien de confiance.

La parabole met exactement le doigt sur ce problème humain. Quand on travaille, tout le travail que l'on fait repose normalement sur un lien de confiance social entre celui qui embauche et celui qui est embauché. Dans cette parabole, même si c'est caricaturé et grossi, qu'est-ce que donne le maître à la fin, ce denier ? Il dit la confiance qu'il a eu dans les ouvriers. Peut-être que c'est un maître un peu farfelu, il le dit : il ne faut pas que tu me regardes de travers parce que je suis bon ! mais il n'empêche qu'il veut faire comprendre à tous les ouvriers qu'il a embauchés pendant la journée, que ce qui compte le plus à ses yeux, c'est qu'ils aient accepté de travailler à la vigne, et ce qui compte le plus, c'est le lien de confiance qu'ils ont pu établir entre eux. Ceux qui arrivent les derniers et qui estiment devoir recevoir davantage, c'est qu'ils n'ont pas compris la confiance que le maître leur a manifestée. Finalement, les derniers ont mieux compris, parce que être embauchés pour une heure cela ne valait peut-être pas le coup, on connaît des rmistes qui ne veulent pas se mettre au travail parce que finalement ils gagnent plus avec le rmi. Ici, c'est un peu le cas. C'est aussi le paradoxe de la parabole : le maître paie uniquement, si tant est que cela puisse se payer, le maître paie uniquement la confiance que les ouvriers lui ont fait en répondant à son appel.

C'est très clair dans le contexte dans lequel Jésus annonce cette parabole, qui veut justifier la possibilité d'intégrer ceux qui sont appelés plus tard, c'est-à-dire les païens par rapport aux juifs qui avaient été appelés depuis Abraham, Moïse et les prophètes. Mais c'est une parabole qui vaut encore aujourd'hui. Cette parabole des vignerons de la onzième heure, c'est la parabole de la foi. Le denier, c'est la confiance que Dieu nous fait. Cela n'a pas de prix, car même si on s'est converti à soixante-quinze ans, même si on s'est converti à vingt-cinq ans, même si on a été baptisé tout petit, peu importe, ce qui compte, c'est le denier de la confiance de Dieu. Ce qui compte, et c'est ce que n'ont pas compris les premiers ouvriers, ils n'ont pas compris que ce qui était extraordinaire, c'était la confiance que leur faisait le maître en leur disant : voilà ma vigne, voulez-vous collaborer avec moi pour récolter les fruits de la vigne ? Eux sont tombés dans un calcul d'apothicaire en méconnaissant la confiance du maître et la réponse de confiance qu'ils auraient dû avoir envers lui. C'est pour cela que l'attitude des premiers ouvriers est si grave. Ils sont aussi pécheurs que Karl Marx ce qui n'est pas peu dire ! Ils ne voient que la valeur marchande de leur effort, ils ne sont même pas salariés, ils sont mercenaires, ils se vendent, et le maître leur dit : moi, cela ne m'intéresse pas les gens qui se vendent. Cela porte un autre nom en général.

C'est cela précisément qui est en cause dans cette parabole, et cela nous touche au premier degré parce que c'est tout le problème de notre relation avec Dieu. Si nous analysons notre attitude vis-à-vis de Dieu uniquement en fonction du faire : j'ai bien fait comme ci, comme ça, j'ai appliqué tous les commandements, c'est impeccable, le risque c'est de ne pas avoir vu qu'en réalité, Dieu nous demandait beaucoup plus que de faire ce qu'il fallait faire. La dénonciation dans le prophète Isaïe des comportements extérieurs, rituels qui ne veulent finalement plus rien dire, c'est parce qu'à ce moment-là, on méconnaît le sens même de la relation personnelle que porte toute l'action, le travail et le projet réalisé.

Je crois que c'est pour cette raison qu'on le lit pendant le carême, cela nous remet un tout petit peu les pendules à l'heure de ce côté-là.

 

 

AMEN

 

 
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