AU FIL DES HOMELIES

LE BAPTÊME ET LA COUPE

Jr 17, 5-8+13-18 b ; Lc 16, 19-31

Mardi de la deuxième semaine de carême – A

(21 mars 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

La coupe et le pain

J

 

ésus et ses disciples montent à Jérusalem. Jérusalem, c'est la ville royale c'est la cité de David, ce premier et ce grand roi qui a marqué si fortement toute l'histoire d'Israël, qu'il est encore attendu, non pas en sa personne même, mais en un roi nouveau qui viendrait instaurer ce Royaume de Dieu dans les cœurs, ce Royaume de Dieu dans la louange, ce Royaume de Dieu dans la tendresse et le pardon.

Et c'est probablement parce qu'Il monte vers cette ville royale que les deux apôtres, pressentant que l'heure de son Règne terrestre est arrivé, disent à Jésus : "Seigneur, fais que nous soyons avec toi, à ta gauche et à ta droite, dans ton Royaume". Ils avaient comme ce pressentiment intérieur que le temps de la préparation de ce messianisme royal était accompli et que, désormais, il fallait passer, de façon efficace, à l'installation de ce royaume en terre de Juda.

Et la réponse du Christ est très nette, elle déjoue leurs plans. "Le Fils de L'Homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir !" Le Christ ne vient pas comme un roi, pour être servi par des sujets, mais Il vient pour servir. Il vient instaurer une royauté nouvelle qui n'est pas celle de l'autorité telle qu'on la conçoit même en Palestine à cette époque, mais qui est celle du service, qui est celle de l'esclavage. Et d'un esclavage qui va prendre la forme ultime de la souffrance, de la mort et du don, dans la liberté, dans la libre volonté.

C'est pour cela qu'Il avance vers Jérusalem, pour être couronné de cette royauté de service, de cette royauté de salut. Et Il annonce aux disciples : "Le Fils de l'Homme sera livré. Il sera condamné à mort. Il sera flagellé, Il sera tué, mais Il ressuscitera." C'est cela l'annonce de cette véritable royauté que le Christ vient désormais instaurer, une royauté dans l'Esprit, une royauté qui n'est pas de ce monde, qui n'est pas des royaumes de ce monde, fussent-ils du grand roi David.

Ce service, Il va le signifier, Il va le désigner comme étant celui du baptême et de la coupe. Le baptême, c'est celui de sa souffrance et de sa mort. Il va être plongé dans les eaux de l'amertume, dans les eaux de la désespérance, dans les eaux de la souffrance, puis dans celles du Shéol, dans celles de la mort, lorsqu'Il sera déposé au tombeau.

La coupe, c'est celle de son sang, celle de la souffrance aiguë, celle du don. Ce n'est pas encore la coupe de la joie qui déborde d'allégresse, c'est la coupe de la lie, c'est ce qu'Il va boire de ce calice d'amertume, jusqu'au bout. C'est ce vinaigre que les hommes vont lui présenter, dans son immense soif d'amour pour eux et de pardon.

Et voici que ce service de la Passion du Christ va échoir en partage à ceux qui voulaient siéger à sa droite et à sa gauche. Cette passion du Christ doit devenir leur propre passion, s'ils veulent véritablement régner dans la Jérusalem nouvelle, dans celle dont la porte va être ouverte lorsque la pierre du tombeau sera scellée, sera roulée pour être un jour ouverte. "Vous boirez cette coupe, vous serez baptisés!" C'est cela notre véritable royauté, dit-Il à ses disciples. C'est cela votre véritable grandeur. Vous n'en aurez pas d'autre au milieu des hommes.

Et désormais, cette coupe que je vais boire, dont vous allez être témoins, ce baptême dans lequel Je vais être plongé, dont vous allez être témoins vous aussi, va devenir votre baptême et votre coupe. Vous allez, vous-mêmes, avec Moi, si vous montez jusqu'à Jérusalem, être plongés dans cette souffrance et boire à cette coupe : "Prenez et buvez ! C'est la coupe de l'Alliance éternelle, le sang versé pour la multitude des péchés !" - "Prenez et mangez ! C'est mon corps livré !" C'est cela le baptême et c'est cela la coupe à laquelle les disciples vont participer.

Et ils vont devenir aussi ministres de cette coupe : "Allez baptiser toutes les nations au nom du Père, au nom du Fils, au nom de l'Esprit Saint !" dans la tendresse du Père, dans la mort du Fils, dans la force de résurrection de l'Esprit. Et encore Tout ce que j'ai fait pour vous, faites-le pour les autres. "Chaque fois que vous boirez cette coupe" chaque fois que vous la passerez entre vous, "vous ferez mémoire", vous ferez le mémorial de ma propre passion en même temps que de la vôtre car, à ce moment-là, vous célébrerez votre propre passion avec Moi."

Frères et sœurs, monter avec le Christ à Jérusalem, c'est accomplir en nous sa passion. Par le baptême, nous avons été plongés dans sa mort pour vivre, dès aujourd'hui, de sa Résurrection. Et, chaque jour, nous nous passons la coupe de son Sang, de ce sang versé, comme nous le disons "pour la multitude des péchés"et des nôtres en premier, de ce sang par lequel Il nous donne de prendre part, aujourd'hui aux souffrances du Christ pour avoir déjà notre part, même si elle est encore partielle à sa vie éternelle. Je crois que nous pouvons, chacun, dire à Jésus : "Maître, nous voulons que Tu fasses pour nous ce que nous allons Te demander." Mais, ne faisons pas la demande de Jean et de Jacques. Faisons la demande que le Christ nous donne Lui-même : Donne-nous de boire, aujourd'hui, à la coupe de ton sang, pour que l'œuvre de ton baptême s'inscrive profondément en nous, jusque dans notre sang, jusque dans les artères de notre vie, de notre âme, de notre être, de tout notre corps. Donne-nous de boire à ta coupe, aujourd'hui, à travers notre conversion, à travers notre réconciliation avec Toi, à travers toutes nos souffrances, à travers toutes les souffrances du monde, à travers toute la mort, pour que, dès aujourd'hui, nous puissions avoir part à ce service que Tu as rendu à l'humanité qui est celui de son pardon, de son salut et de la vie éternelle. "Jésus, nous voulons que Tu fasses pour nous ce que nous allons, maintenant, Te demander !"

 

AMEN

 
Copyright © 2021 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public