AU FIL DES HOMELIES

LE PLUS GRAND EST LE SERVITEUR

Jr 18, 18-20 ; Mc 10, 32-45

Mercredi de la deuxième semaine de carême – A

(14 mars 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

V

oilà un évangile qui n'est pas piqué des vers. Replaçons-le dans son contexte. Trois fois, de façon extrêmement claire et non équivo­que, Jésus a annoncé ses souffrances, sa passion, sa mort et sa résurrection. Après la seconde annonce de la Passion, de quoi discutent les apôtres ? De savoir qui était le plus grand parmi eux. Et quelle est la ré­ponse de Jésus ? "Le plus grand, c'est celui qui sera le serviteur de tous !" Jésus annonce la plénitude de la réalisation de l'Alliance dans sa mort et sa Résurrec­tion, et les disciples discutent de savoir quel est le plus grand d'entre eux.

Troisième annonce de la Passion, c'est celle que nous venons de lire et qui est plus développée. On a tous les détails de ce que nous connaîtrons quelques jours plus tard le vendredi et le samedi Saint. Et de quoi discutent Jacques et Jean : "On veut être à ta droite et à ta gauche, est-ce que c'est possible ?" Ré­ponse de Jésus : "Si vous voulez être le plus grand, vous vous ferez le serviteur de tous."

Voilà deux éléments et deux évènements qui se ressemblent. Lorsque Jésus annonce sa mort, sa résurrection, les autres discutent encore pour savoir s'ils sont à droite ou à gauche. Or qu'est-ce qui s'était passé la veille, c'est-à-dire le lendemain de la pre­mière annonce de la Passion ? Il y avait eu la Transfi­guration. Le Christ leur avait manifesté dans la gloire où devait conduire l'annonce de la Passion. Ils n'ont rien compris. Ils discutent pour savoir qui est le plus grand et non seulement qui est le plus grand d'entre eux, mais qui sera à droite ou à gauche. Ils n'ont rien vu. Car à droite et à gauche il y a déjà Moïse d'un côté et Élie de l'autre. La réponse de Jésus est la même. La grandeur du Royaume c'est d'être serviteur, c'est-à-dire de vivre ce que le Christ a vécu. Et qu'est-ce que le Christ a vécu que ses apôtres n'arrivent pas à com­prendre encore ? "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'au bout !'' Jusqu'au bout du don, jusqu'à se vider, se vider de Lui pour remplir notre vide. Car lorsque les apôtres discutent pour savoir qui est grand qui est petit, ils ont la tête vide et le cœur avec. Et c'est ce vide-là que Jésus veut remplir de sa grandeur. Et sa grandeur, c'est le service qu'Il accomplit dans sa mort et dans sa passion. Et modèle d'Elie et de Moïse doit s'imposer. Pourquoi ? La réponse nous est donnée dans l'évangile de Saint Jean. "Il n'y a pas de plus grand amour (voilà la grandeur) que de donner sa vie pour ses amis". Vous êtes mes amis." Le Christ a donné sa vie pour eux. C'est Lui le serviteur, c'est Lui le plus grand. Et Jésus ajoute : "Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître, je vous appelle amis parce que je vous ai fait connaître tout ce que le Père l'a fait connaître. Je vous choisis, je vous envoie pour que vous portiez du fruit." Moïse et Élie ont été amis et serviteurs. Amis pour recevoir le don manifesté dans la face de Dieu, le don de la Loi, le don de l'Alliance, le don de l'amour. Et serviteurs parce qu'ils sont toujours descendus de leur montagne et sortis de leur grotte pour l'annoncer à leurs frères.

Voilà la seule grandeur à laquelle nous som­mes appelés et qui paradoxalement nous permettra de rentrer par la porte étroite du Royaume, c'est-à-dire par la croix. Alors, où en sommes-nous après quinze jours de carême ? Est-ce que nous sommes encore en train de discuter, dans notre cœur, avec Dieu, pour savoir si ce que nous faisons c'est grand ? pour savoir si nos trois efforts quotidiens vont nous ramener quelque chose ? Est-ce que nous ne sommes pas, plus ou moins peut-être, en arrangement commercial avec Dieu ? Je fais tout ça, mais qu'est-ce que tu vas me donner ? On veut bien te suivre, Seigneur, disait Pierre, mais qu'est-ce qu'on va avoir en récompense ? les apôtres sont terriblement humains et nous aussi d'ailleurs. Cela nous fait du bien, c'est consolant, mais il va falloir les suivre jusqu'au bout. Est-ce que nous ne sommes pas état de réconciliation ou de concilia­tion à l'amiable avec Dieu ? en lui demandant pour nous ou pour les autres ceci ou cela parce que nous le suivons un peu plus ou un peu mieux ? Si nous en sommes là, nous n'avons encore rien commencé.

Tout est donné certes, mais tout est encore à faire. Le carême ce n'est pas cela. Nous sommes amis parce que nous avons reçu la totalité du don et nous sommes serviteurs de ce don pour les autres. C'est cela la conversion à laquelle la Transfiguration nous a appelés et c'est à cela que la triple annonce de la Passion nous ouvre. Notre carême ne sera rien d'autre que l'accomplissement en nous de ce que Jésus a fait pour nous : "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'au bout !" Il est le Serviteur !

 

AMEN

 

 
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