AU FIL DES HOMELIES

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POURQUOI LE JOURDAIN ?

2 R 5, 1-15; Lc 4, 24-30

Samedi de la deuxième semaine de carême – A

(21 mars 1981)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Le Jourdain

A

 

u pays de Naaman, en Syrie, vivait donc une jeune fille qui était du pays d'Israël. Cette jeune fille venant du pays d'Israël est la figure et l'image de l'Église, qui vient, elle aussi, du pays d'Israël, du peuple d'Israël, et qui vit comme dans la Syrie actuelle, c'est-à-dire dans ce monde étranger, dans ce monde qui ne croit pas en Dieu, dans ce monde qui n'a pas reçu la visite de Dieu. Ce monde qui est marqué par la lèpre. Cette lèpre qui, non seulement abîme son esprit et son cœur, mais aussi qui lui colle à la peau. Cette lèpre du monde, et nous sommes de ce monde, qui est le péché, la séparation d'avec Dieu. Cette situation qui fait que nous sommes étrangers au mystère de Dieu.

Et c'est dans ce pays-là que vit l'Église, comme cette jeune fille qui venait d'Israël. Et elle, à cause de ses origines, sait que Quelqu'un, Quelqu'un qui n'est pas de ce monde, peut guérir le mal, le péché, la souffrance de ce monde. Mais, il faut un peu quitter ce monde pour aller le rechercher, pour aller le trouver, là où Il s'est révélé, là où Il s'est manifesté, et rencontrer, aujourd'hui, ceux qui sont chargés de rendre efficace ce désir de Dieu de purifier notre cœur, de laver notre corps de sa lèpre, et de son péché.

Nous sommes aussi l'Église de Dieu. Nous avons à dire à ce monde que Dieu peut le guérir s'il le désire, s'il est prêt à quitter ce service, comme Naaman au service de son roi, pour aller rencontrer le prophète Elisée qui est la figure du Christ. Mais, aussi, membres de l'Église, nous sommes de ce monde. Et bien souvent, et c'est un obstacle quotidien à notre vie spirituelle, nous réagissons comme Naaman. Il vient voir le prophète Elisée qui lui dit : "Pour être guéri, selon ton désir, va simplement te baigner dans le Jourdain". Et l'autre s'est mis à rire ! L'autre s'est moqué ! Il s'est dit : "Mais enfin, si c'est un prophète, un vrai prophète, pourquoi me dit-il cette chose si facile, si bête, en elle-même.  Aller se baigner dans un fleuve. Comme si chez moi, il n'y avait pas des fleuves bien plus beaux que le Jourdain !"

Nous aussi, lorsque la parole de Dieu s'adresse à nous, de la façon simple, parfois de façon pratiquement facile, nous rechignons parce que nous nous disons : "Ce n'est pas comme cela qu'il aurait fallu faire". Parce que nous sommes encore trop pris par notre propre esprit, par notre propre vision du salut. Nous sommes trop attachés à ce que nous voudrions que Dieu fasse pour nous. Et nous sommes étonnés quand ce qu'Il nous demande ne rejoint pas tout à fait notre désir. Nous sommes aussi comme ces Juifs de la synagogue de Nazareth, qui refusent le Christ. Et le Christ ne peut pas, chez eux, faire les signes qu'Il a fait à Capharnaüm, la ville voisine. Et ainsi ils ne reçoivent pas son message, bien que le Christ soit venu prêcher au milieu d'eux, chez eux.

Que ces deux textes, spécialement le premier de Naaman le Syrien, l'étranger qui a été guéri, puissent aujourd'hui nous être une leçon pour que notre cœur s'ouvre, non pas à ce que nous voudrions, non pas à ce que nous estimons valable pour notre salut, quant à notre vie chrétienne, quant à la vie de l'Église, mais que nous puissions ouvrir notre cœur au désir de Dieu, aux désirs de Dieu qui nous sont transmis simplement, soit par la voix de l'Église, soit par la voix de notre conscience lorsqu'elle est pure.

Que cette eucharistie nous renouvelle dans cette attention unique au Dieu absolu. Et que nous puissions chaque jour redire la profession de foi de Naaman l'étranger, le Syrien : "Oui, il n'y a pas d'autre Dieu que toi. C'est Toi seul le Dieu qui fait des merveilles" .

 

AMEN

 
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