AU FIL DES HOMELIES

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PAR BÉELZÉBOUL

Is 1, 11-18 ; Lc 11, 14-23

Vendredi de la deuxième semaine de carême – B

(13 mars 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Dier : Penture de la porte romane

C

 

'est par Béelzéboul qu'Il expulse les démons!" Frères et sœurs, ce n'est pas d'aujourd'hui que le problème du démon subit un certain nombre d'interprétations qui lui sont extrêmement profitables. En effet, si nous lisons ce texte si difficile, aujourd'hui, c'est parce que, dans l'Église, se pratiquaient en ce jour un certain nombre d'exorcismes sur les catéchumènes et l'on avait choisi ce texte pour les mettre en garde dans leur lutte et dans leur combat contre le démon.

En effet, que Jésus soit victorieux du mal et du péché, et par conséquent du démon, cela nous serions assez prêts à l'accorder et à le reconnaître. Seulement, ce qui est plus compliqué, c'est de savoir exactement ce que cela veut dire. Il ne manque pas aujourd'hui d'interprétations qui pensent que, en réalité, c'est par Béelzéboul que le Christ expulse les démons. Je veux dire par là que toute représentation, en ce qui concerne le démon, nous paraissent toujours une sorte de matérialisation des choses, de l'esprit du mal, de personnalisation, alors qu'en réalité il s'agit d'une sorte de pur débat intérieur à la conscience, de pur problème intérieur et que les contemporains du Christ et le Christ Lui-même, d'ailleurs dans ces cas-là on ne lésine pas, auraient eu une manière un peu imaginaire ou imagée de se représenter les choses. Aujourd'hui, nous savons très bien, ou nous croyons savoir, que ce genre de phénomène de possession ou d'autres phénomènes analogues s'expliquent bien mieux par des déficiences psychologiques, des troubles et des traumatismes de l'inconscient.

D'une manière ou d'une autre c'est encore affirmer que Jésus détruit les démons par la puissance des démons. Car, soit que l'on admette que Jésus est vraiment au pouvoir du démon, et que tout ce qu'il fait n'est qu'une façon de se soumettre au démon, ou en tout cas d'obtenir de lui quelque pouvoir, ou bien, au contraire, on admet qu'effectivement, lorsque Jésus combat contre le démon, en réalité c'est simplement le démon qui se détruit lui-même. Dans un cas comme dans l'autre, ce que l'on veut éviter, et c'est peut-être cela le plus grave, c'est que notre vie chrétienne soit véritablement un affrontement réel de notre personne réelle, du Christ réel avec cette puissance personnelle du mal réelle qui s'appelle le démon. Ce que nous voulons éviter, dans un cas comme dans l'autre, c'est de dire que notre vie de baptisé est une vie de combat qui a à faire face à la réalité du mal. Lorsque le Christ vient, le mal ne se suicide pas. C'est pour cela que Jésus dit : "Si Béelzéboul commence à se dresser contre lui", si les démons commencent à se chamailler entre eux, à ce moment-là ils feront périr leur royaume. Et d'une certaine manière il n'y aura pas de salut, puisque ce sont les démons, entre eux qui s'entre-tuent, qui se battent et qui se détruisent.

La plupart du temps, nous avons tellement peur de la réalité même du salut et de ses exigences, comme une lutte réelle qui exige une ascèse, un combat et des efforts et une résistance, que nous préférons : nous imaginer que le mal est en train de se détruire lui-même et que nous, tranquillement, nous pouvons continuer notre chemin en compagnie du Christ. Mais alors, où est le salut ? Si le Christ n'a pas livré combat contre lui, où est le Christ Sauveur ? Il n'est pas Sauveur. Et c'est pourquoi le Christ dit très bien, à la fin, qu'il est "l'homme fort" qui est venu dépouiller le démon de sa possession, de ce qu'il possédait, c'est-à-dire le monde. Mais c'est un véritable combat. Il faut que nous ayons une conception réaliste du salut. Le salut est une bagarre. Le salut est un affrontement avec les puissances de mal personnelles auxquelles nous sommes sans cesse en danger de succomber.

Ceci n'est pas pour dramatiser ou pour psychologiser l'œuvre du salut de Dieu, pour nous, mais c'est la réalité même de ce que nous éprouvons. Si nous ne luttons pas, si nous ne tenons pas ferme, alors le salut du Christ est une pure apparence. Le fait de séparer les adversaires : et de leur dire de se tenir tranquille, chacun dans son camp, en réalité, nous savons fort bien que cela n'est pas vrai. Puisque nous sommes en ce temps de Carême que la tradition nous présente comme un temps de lutte, ayons à cœur de voir là où dans notre vie il faut lutter. Ayons à cœur d'abord de voir nos démons personnels pour les regarder en face et, au besoin, de nous en prendre à eux. Si nous n'acceptons pas de les voir en face, nous risquons d'une manière ou d'une autre, de nous créer une foi, une dévotion, une religion pleine d'illusion car elle ne nous mettront pas en face de la réalité.

 

AMEN

 
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