AU FIL DES HOMELIES

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ENFIN LIBRE !

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

Samedi de la deuxième semaine de carême – C

(5 mars 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

I

 

l y a plusieurs façons d'utiliser et de vivre ce bien incomparable que le Père nous a partagé et qui est notre liberté. L'évangile d'aujourd'hui nous dit qu'il y en a au moins deux qui nous conduisent à l'éloignement du Père.

La première forme qui nous éloigne de Dieu, c'est la plus caractéristique, à nos yeux, celle du prodigue qui prend son bien, qui s'en va et qui en fait ce qu'il veut. Il quitte sa maison, il s'éloigne du Père. Il veut être indépendant et par cette indépendance, en définitive, il va perdre l'essentiel de son trésor qui est sa filiation. Cette filiation qui lui permettait, même si on n'en parlait pas, la communion permanente et spontanée avec son Père et son frère. Cette première utilisation de la liberté, nous la connaissons bien, c'est celle que nous pratiquons lorsque nous tombons, d'une façon ou d'une autre, dans le péché.

La deuxième façon d'utiliser notre liberté pour nous séparer de Dieu, c'est une certaine forme excessive du respect de l'ordre, du respect de la Loi. Ce respect de l'ordre et de la loi nous rend vertueux par rapport à des énoncés, par rapport à des principes et nous avons l'impression d'être justes, d'avoir fait tout ce que nous devons faire, parce que nous sommes "en règle" avec Dieu ou avec les autres. Cette façon d'utiliser la liberté, qui est également une façon d'être indépendant, parce que si on se tient toujours à la loi, en définitive on se sépare de l'esprit de la loi qui, lui seul, est source de vie.

C'est le péché du frère aîné qui est tout aussi important que l'autre. Même si, apparemment, il reste dans la maison, on sent très bien que la communion avec le Père et avec le frère est aussi brisée. Et voilà que l'évangile nous explique quelle doit être la seule forme de liberté que nous avons à pratiquer. De toute façon, il y a en nous du fils prodigue et du fils aîné. Il y a en nous du péché et de l'observance de la loi, plus ou moins selon les situations. Mais l'un et l'autre ont à retrouver la communion avec le Père. L'un et l'autre ont à retrouver leur véritable place de fils. Et cela va se faire par la miséricorde du Père qui va se manifester entre l'un et l'autre. Celui qui revient va l'accepter contre toutes ses illusions, contre même tous ses désirs puisqu'il demandait à être dépendant comme un esclave, comme un journalier et non plus comme un fils, car il savait au fond de son cœur, que cette amitié avec le Père était impossible à retrouver seul, alors il ne la demande pas. Mais le Père va la lui proposer, va la lui rendre et par le vêtement, par l'anneau d'or, par le festin, il va être réintroduit dans l'union festive avec son Père et par là même avec son frère aîné. Son péché, si grand soit-il, l'a ramené vers la tendresse, vers la miséricorde de son Père.

C'est devant cet accueil que le véritable cœur du fils aîné va se manifester. Il va devenir jaloux, parce que son Père comble de biens le fils prodigue, lui qui n'est pas resté à la maison, lui qui n'a pas observé la Loi, lui qui n'est pas resté sous les ordres du Père, lui qui n'a pas conservé l'héritage du Père. Et devant l'attitude du Père, il se révolte contre le Père et contre le frère, brisant ainsi cette double communion que l'autre avait également rompue mais qu'il retrouve. Celui qui se croyait juste et vertueux, corseté dans cette vertu, durci par son propre accomplissement de la loi et de l'ordre, ne "mouille" plus à la miséricorde, à la charité et à la communion. Et peut-être bien que c'est lui qui va quitter la maison.

Que cet évangile nous rappelle quel est le véritable sens de notre liberté. C'est notre dépendance fondamentale, ontologique et spirituelle avec le Père et avec nos frères Non pas dépendance par rapport à une loi qu'il faut accomplir aveuglément. Mais, en accomplissant cette loi, il faute faire avec la tendresse, avec l'amour, avec le respect que l'on doit à Dieu et aux autres. C'est de cet amour que parlait Saint Paul lorsqu'il disait : "Cet amour, cette charité excuse tout, croit tout, espère tout et supporte tout". Que notre péché nous ramène vers la communion avec le Père et que le péché des autres, lorsque nous le constatons, ne nous rende pas jaloux de la tendresse de Dieu pour tous les hommes, quel que soit leur péché.

 

AMEN


 
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