AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'ENFANT PRODIGUE

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

Samedi de la deuxième semaine de carême – C

(1er mars 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

'était il y a quelques années, avant que je ne sois ici, lors d'une répétition de théâtre et j'étais bien loin, à l'époque, de penser qu'un jour je vous parlerais de l'enfant prodigue. J'assistais à une répétition des Frères Karamazov et j'avais der­rière moi un grand metteur en scène allemand qui supervisait cette répétition et ordonnait ce programme pour le mois suivant. Au moment où l'acteur qui re­présentait un des frères Karamazov se jette à genoux, aux pieds de son père, pour lui demander pardon, j'entendis derrière moi le metteur en scène s'écrier : "Comme c'est incroyable ce qu'un homme peut deve­nir grand quand il se met à genoux !"

Cette phrase m'est restée, peut-être même a-t-elle conduit à ma conversion. En tout cas il est vrai que quelque chose grandit dans l'homme lorsqu'il se jette à genoux pour demander pardon. Je pense même que, à ce moment-là, ce quelque chose qui grandit, c'est finalement parce qu'il parle avec son cœur et qu'il parle à un autre cœur.

L'histoire de la rencontre du fils prodigue et du Père, c'est l'histoire d'un dialogue qui commence même avant que le fils ne soit à genoux devant son Père. Il commence au moment même où le fils voit au loin, dans la lumière, le regard du Père et qu'il a com­pris qu'il est déjà pardonné. Il s'était levé de bon ma­tin, décidé à rentrer chez lui car la faim le tenaillait et il aurait bien voulu se nourrir des caroubes dont se nourrissaient les cochons. Cette faim le tenaillait tel­lement qu'il acceptait bien volontiers de prendre la place d'un mercenaire, mais dans le regard du Père, il a vu qu'il était tout à fait pardonné, et ce n'est pas la faim de son ventre qui l'a mené vers son Père, mais c'est une plus grande faim, une faim de pardon.

C'est vraiment notre histoire à tous, c'est vraiment l'histoire de notre vie que celle que nous avons entendue aujourd'hui, c'est-à-dire l'histoire du retour, l'histoire du chemin qui nous mène vers notre Père, que nous verrons un jour face à face, quand nous serons à ses genoux.

Je vous propose de méditer, avec les paroles même de Dieu ce dialogue profond, dans ces deux regards, le regard du Père et le regard du fils. Et nous découvrirons que le fils n'est plus seul, que ce n'est plus uniquement le fils prodigue, mais que ce sont tous les pécheurs qui sont aux pieds du Père, à travers même le Christ.

Et le fils dit à son Père : "Aie pitié de moi en ton amour. En ta grande tendresse, efface ce péché. Comme la pluie, lave-moi de ma souillure, Et de ma faute, Seigneur, Seigneur mon Père, purifie-moi. Oui, c'est vrai, je reconnais mon péché et ma faute est toujours devant moi. Mais Tu as caché ta vérité au fond de moi, dans ma ténèbre. Au secret de mon cœur, Tu m'avais révélé ta Sagesse. Délivre-moi de mon péché. Lave-moi et je serai plus blanc que la neige. Oui, j'ai besoin de chants et de joie. Fais-moi revivre dans les chants de joie et de fête. Fais danser ces os que le péché a broyés. Oh oui, Seigneur, crée en moi un cœur pur".

Et le Père de répondre : "Est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, pour qu'après chacune de mes menaces, je doive toujours penser à lui, et que mes entrailles s'émeuvent pour lui, et que, pour lui, déborde ma tendresse ?"

Et le Père continue par les paroles même du prophète Jérémie : "Reviens ! Je n'aurai plus pour toi un visage sévère, car Je suis miséricordieux. Recon­nais seulement ton péché. Tu t'es révolté contre Moi, Tu as couru en tous sens vers les étrangers, tu n'as pas écouté ma voix, et Moi qui me suis dit : Comme je voudrais le mettre au rang de fils, lui donner un pays de délices, un héritage qui soit la perle des nations. J'avais pensé : Il m'appellera "Mon Père!" et jamais il ne sera plus séparé de Moi".

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public