AU FIL DES HOMELIES

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LE PARDON

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

(5 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL 

 

Rome : David implorant son pardon 

Q

uelqu'un écrivait : "Un pardon pur, est-ce un événement qui soit déjà arrivé dans l'humanité?" Est-il déjà arrivé dans le cœur d'un homme qu'il puisse pardonner de façon totale, radicale, comme l'évangile semble nous l'enseigner aujourd'hui où le père pardonne à son fils. Celui qui posait la question se demande au fond : A-t-il existé dans le cœur d'un homme un acte aussi impossible que celui du pardon ? De fait, quand nous analysons notre propre pardon, face au prochain ou à celui qui nous a offensés, il est souvent déguisé de nombreuses manières et je voudrais distinguer trois maquillages du pardon.

      Le premier qui n'est pas un pardon mais qui ressemble au pardon, c'est l'usure dans le temps. Finalement l'offense a été faite, mais les années vont passer, non pas que nous l'oubliions, mais nous voudrions bien pardonner, mais le temps pardonne plus que nous. Et année après année les choses se tassent, prennent leur place et finissent pas être pardonnées. C'est le premier maquillage du pardon.

       Le second c'est l'excuse ou la clémence. Nous sommes magnanimes, bien meilleurs que l'autre, et ce mal qui nous a atteints pour un instant, ne nous touche plus, nous sommes bons, nous acceptons de vérifier que l'autre est mauvais, qu'il nous a offensés et nous préférons lui opposer une certaine clémence, ce qui nous anoblit personnellement en nous valorisant, mais qui n'est pas non plus un pardon.

      Le troisième maquillage du pardon c'est la liquidation. En fait, je vais plus vite, je liquide l'affaire, je ne veux pas y penser, cette offense ne me concerne plus. Je crois ainsi la pardonner, mais ce n'est pas un vrai pardon.

      Quand on fait le tour de ces trois attitudes fréquentes de notre cœur, que ce soit de laisser couler le temps, d'excuser et d'être clément ou de liquider l'affaire, qu'est-ce qui manque à ces trois maquillages pour qu'ils soient vraiment un pardon ? Il y manque qu'aucune des trois contrefaçons n'est une relation. Or un vrai pardon est une relation entre deux personnes. Plus encore un attachement de l'un à l'autre, à cause même de l'offense qui a été faite. Vous sentez bien combien les trois maquillages précédents n'établissent aucune relation et semblent même la nier. Que ce soit quand on liquide l'affaire, quand on est clément ou quand on laisse le temps user l'offense, on s'éloigne de celui qui vous a offensé.

      L'évangile nous montre un tout autre visage du pardon qui est une relation qui rapproche. Le fils revient vers le père. Le père tend les bras pour accueillir le fils. Un pardon c'est comme un attachement plus noué, c'est comme quelque chose d'instinctif qui fait qu'on offre son cœur au mal, on plonge son propre cœur dans le mal qui a été fait, comme le Christ sera Lui-même plongé dans le mal afin d'en sortir vainqueur, parce que l'amour est plus fort que la haine ou que l'offense. Et le véritable pardon, c'est d'accepter de jeter à l'extérieur de nous, dans une relation apparemment perdue, une capacité d'amour supplémentaire. Le pardon c'est d'ajouter un surcroît d'amour.

       Ainsi le pardon n'est pas simplement réparation, il n'est pas remise à zéro d'une offense qui a été faite, s'il est vraiment un pur pardon, il est un ajout, un surcroît, un amour supplémentaire qui tisse, fortifie, unit, la relation entre l'offensé et celui qui offense. Essayons d'être plus vigilants quant-à la façon dont nous avons l'habitude de demander pardon à Dieu et en même temps de pardonner aux autres. Essayons non pas d'approcher ce mouvement purement divin qui est le pardon, mais demandons à Dieu de le fréquenter davantage afin de vivre son pardon même, quand nous voulons pardonner aux autres et de ne pas le maquiller derrière ces faux-semblants qui sont autant de refus de tirer une vraie relation avec celui qui est mon prochain.

       Le pardon, c'est le nœud, c'est le secret le plus intime de la relation entre Dieu et l'homme. C'est aussi le secret le plus intime de la relation des hommes entre eux, car par ce pardon nous pouvons apprendre à aimer, c'est-à-dire à grandir, à nouer, à fortifier, à nous élever sans arrêt d'un amour de plus en plus grand et de ne pas nous tenir l'un à côté de l'autre comme résignés, ennuyés, sachant que nous serons de nouveau offensés et que nous offenserons de nouveau. Le pardon c'est ce tremplin qui tire du fin fond de notre égoïsme un surcroît d'amour. Et cela Dieu nous l'enseigne, et cela Dieu nous le donne, et Il veut nous le donner totalement par son Fils.

       AMEN


 

 
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