AU FIL DES HOMELIES

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PARABOLE DE L'ENFANT PRODIGUE

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

Samedi de la deuxième semaine de carême – C

(21 mars 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e passage d'évangile bien connu, beaucoup de théologiens ou d'exégètes et de spirituels n'ont cessé de le commenter car il est d'une richesse incomparable. Je voudrais regarder essen­tiellement deux points, l'attitude des frères et l'attitude du Père.

Ce passage se construit en trois phases, une phase d'éloignement, une de retour et une de commu­nion. La phase d'éloignement c'est le fils qui s'en va dissiper la fortune que le Père lui a donnée, mais ce qui est le plus important à noter, c'est qu'il n'y a pas seulement le fils prodigue qui s'éloigne de son père. Sans s'en rendre compte vraiment, le fils qui est resté près de son père a subi, lui aussi un certain éloigne­ment, même s'il n'est pas spatial, il est peut-être au niveau du cœur.

L'attitude du père consiste à tout donner à son fils avant qu'il s'éloigne, de leur donner une chose fondamentale, la liberté. Le père donne absolument tout puisqu'il partage ses biens entre les deux fils. Cela n'est pas sans évoquer ce que Dieu fait pour Adam au début de la création. Il donne tous les arbres du jardin, sauf un. Cela nous rappelle aussi l'éloigne­ment d'Adam lorsqu'il se sépare de Dieu, lorsqu'il cueille le fruit défendu.

La deuxième phase est celle du retour du fils prodigue, mais plutôt qu'un retour c'est une avancée. Ce n'est pas tant l'avancée du fils prodigue que celle du Père. C'est le père qui aperçoit au loin son fils et se précipite, c'est le père qui court au-devant de son fils. Ce retour c'est l'image de la grâce et de la liberté. La liberté du fils, c'est d'avoir raisonné en lui-même pour essayer de revenir vers le père, mais seul le père est capable de donner une véritable signification à ce retour car, même si le fils revient vers le Père, il est encore trop éloigné du père pour pouvoir faire un retour, une conversion vraie.

La troisième phase est celle de la communion, celle du festin que le père ouvre et propose non seu­lement à son premier fils mais aussi au second. Ce festin c'est celui du rassemblement où tous les esprits, où tous les cœurs doivent communier à la même in­tensité festive. Nous voyons là une attitude fonda­mentale du père qui, Lui, ne s'est jamais éloigné de ses enfants que le festin vient rapprocher.

Tout ceci doit nous situer dans notre démar­che de carême par rapport à nos propres retours, par rapport à notre propre conversion. Quelle image nous faisons-nous du père ? Si j'ai dit que les deux fils étaient éloignés du père c'est parce que le premier comme le second se sont fait une fausse idée de leur père. L'un L'a vu simplement sous l'angle du père qui a autorité, qui peut-être l'emploiera comme un de ses serviteurs s'il revient. L'autre le voit sous l'aspect de la Loi, sous l'aspect de la justice : "Moi je n'ai pas eu cela" . Et l'un et l'autre frère sont appelés à dépasser l'image qu'ils ont de leur propre père. Non plus à le voir comme un père qui régit la maison pour que tout marche bien dans la famille, mais comme un père qui a donné la liberté. C'est la plus grande richesse qu'Il ait donnée à ses fils. Ce n'est pas l'or et l'argent, ce ne sont pas les biens mais cette liberté d'user de leur vie. Et les deux fils sont obligé, acculés à voir dans le père, non pas le visage de la Loi mais le visage de la miséricorde et de la tendresse. L'un comme l'autre sont obligés de faire le même chemin. C'est là la grande richesse de Dieu. Ce chemin, c'est Dieu qui l'a ouvert et qui continue à l'ouvrir pour nous. Lorsque l'homme s'est éloigné par son péché, c'est son Fils que Dieu envoie pour le rechercher. C'est le Fils qui nous aperçoit de loin et qui, Lui, va très loin, qui va jus­qu'au Golgotha pour rechercher tous les fils prodigues que nous sommes.

Ce que nous avons à découvrir en ce temps du carême c'est bien ce visage du père visage non pas de la Loi, non pas de Celui qui va rendre la justice, mais visage de Celui qui va nos combler de sa grâce et de sa miséricorde parce qu'Il nous a comblés déjà de sa liberté. Et dans le sacrement de réconciliation, c'est bien ce qui se passe ? C'est notre liberté entravée, tachée, qui doit être comblée par la grâce et la miséri­corde de Dieu notre Père. Ce n'est pas tant nous qui faisons cet effort de nous racheter mais c'est bien le Père qui donne plus que ses biens, qui donne plus que la liberté car Il se donne Lui-même par son Fils, pour que nous vivions la communion, le festin.

C'est pourquoi nous serons réellement frères que si nous avons un même père. L'un et l'autre frère, s'ils n'avaient pas eu ce père de tendresse et de miséri­corde ne pourraient pas vivre la fraternité. Si ce père en était resté à la loi et à l'autorité, jamais il n'y aurait eu de vie fraternelle entre les deux. Et pour notre église c'est la même chose. Il n'y a de communion fraternelle que dans le cœur à cœur avec ce Père où nous ne transposons plus une image facile à vivre, mais où nous accédons par la grâce et la miséricorde à la communion entre nous.

 

 

AMEN

 

 
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