AU FIL DES HOMELIES

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FRÈRE AÎNÉ ET FRÈRE CADET

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

Samedi de la deuxième semaine de carême – A

(13 mars 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

eux remarques quant à cette parabole. La première c'est le souci de donner à chaque cœur de fils de prendre conscience de la situation dans laquelle il est. Pour le plus jeune c'est de prendre conscience de l'éloignement de Dieu, du fait que le péché l'a éloigné du Père afin qu'il réalise que cet éloignement est un péché qu'il se dit à lui-même avant de dire au Père. "Je lui dirai : "Père, j'ai péché contre le ciel et contre Toi !" Prise de cons­cience personnelle face à lui-même, prise de cons­cience qui lui permet de se lever de l'endroit du péché où il se trouve, de partir et de revenir au Père. Et de­vant le Père, il reprend la phrase qui l'avait mis en route : "Père, j'ai péché contre le ciel et contre Toi !"

Ce même soin de décrire le mouvement même du cœur concerne aussi le fils aîné. Essayons de nous représenter la scène. Le fils aîné travaillait aux champs. A son retour, il est près de la maison et il entend de la musique et des danses. Deux possibilités pour lui. Ou c'est un homme qui aime vivre et fes­toyer et il devrait alors se précipiter pour entrer dans la maison de son Père qui est "sa" maison. Point du tout puisque la méfiance est née dans son cœur, un soupçon, ce premier venin qui se distille doucement dans son cœur de frère aîné. Il appelle un serviteur pour lui demander ce que cela signifie, pourquoi on fait la fête sans l'avoir averti. Première jalousie, pre­mier soupçon qui commence à mener le frère aîné dans un autre éloignement du Père. Le serviteur ré­pond : "C'est ton frère qui est arrivé et ton Père a tué le veau gras pour fêter son retour." Alors la colère le prend et il refuse d'entrer de nouveau dans la maison de son Père, se coupant alors de cette relation qui était la sienne et qu'il piétine de hargne et de colère puis­que quelque chose qui semblait lui appartenir en pro­pre lui a été ravi. Et le Père sort de la maison et, comme pour le jeune frère, vient le chercher.

Le mouvement de ce cœur de fils aîné sup­pose donc qu'il y avait une rivalité entre les deux fils, rivalité qui apparaît à la fin du récit. Et rivalité qui nous met sur la voie de quelque chose qui n'est pas dit en amont du récit mais qui semblerait que cet aîné avait bien montré à son cadet qu'il était l'aîné et que donc, il rassemblait pour lui tout l'amour du Père. Nous ouvrons là une piste une idée que cette rivalité latente couvait déjà dans le cœur du fils aîné et empê­chait le Fils cadet de découvrir pleinement l'amour du Père. Une certaine solitude entourait ce fils cadet, solitude qui l'a amené à se considérer comme non-aimé, puisqu'il n'est pas aimé par son frère, il n'est pas aimé par son père, et donc à vouloir partir, quitter ce lieu où on l'a isolé.

La rivalité de ces deux frères nous permet de comprendre une chose essentielle pour notre carême. L'amour de nos frères, l'amour des frères nous permet de reconnaître l'amour du Père. Et l'amour du Père nous permet de reconnaître l'amour des frères. Il y a communication entre ces deux amours. Nous ne pou­vons pas privilégier une relation plus qu'une autre. Il y a comme deux vases communicants, égalité de couleur, de qualité entre l'amour que me portent mes frères, l'amour que je porte à mes frères et l'amour que je peux porter au Père et que le Père me redonne. Nous découvrons là qu'un homme qui n'est pas aimé par ses frères et par ses sœurs peut se croire non seu­lement rejeté des hommes mais aussi rejeté de Dieu. Il n'y a pas possibilité d'aimer Dieu seul sans aimer les autres comme il n'y a pas possibilité d'aimer les frères sans aimer Dieu.

La rivalité qui est dans le cœur du fils aîné a pu inconsciemment provoquer le départ du fils cadet qui avait pris en compte le refus d'amour de son frère au point de croire que même le Père ne l'aimait pas. Illusion certes mais c'est ce qu'il pensait. Il a fallu tout ce chemin de retour pour qu'il découvre l'amour du Père. Demandons-nous si nous ne privilégions pas l'un ou l'autre amour car nous avons à faire communi­quer et l'amour du Père et l'amour des frères puisque le Christ nous demande de nous aimer les uns les au­tres comme lui nous aime.

 

 

AMEN

 

 
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