AU FIL DES HOMELIES

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SOYEZ MISÉRICORDIEUX COMME VOTRE PÈRE EST MISÉRICORDIEUX

Jr 31, 16-20 ; Lc 15, 11-32

Samedi de la deuxième semaine de carême – C

(10 mars 2007)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a troisième parabole de la miséricorde vient couronner la première, celle de la brebis perdue et la seconde, celle de la drachme perdue sachant que nous pourrions méditer sur cette si riche parabole. Si riche que les Pères de l'Église ne se sont pas privés de commentaires, pour faire comme les peintres, comme Rembrandt, exprimer par quelques traits et quelques couleurs l'ampleur, sans jamais atteindre tout ce que cette parabole veut nous dire. Je ne ferai pas d'homélie en ce sens, car elle ne finirait pas et vous seriez vite ennuyés, mais je soulignerai un détail.

Quand on regarde la manière très classique d'interpréter cette parabole de la miséricorde, le Père c'est Dieu qui sans fin, accueille l'homme pécheur. Le fils prodigue, c'est justement cet homme pécheur, qui a tout dépensé et qui revient vers Dieu comme nous sommes capable de revenir vers Dieu. Le second fils qui n'a pas une attitude très miséricordieuse, et dans lequel on peut reconnaître dans une interprétation un peu plus large, que Dieu s'adresse aussi bien à son fils qui est toujours avec lui, Israël, aussi bien qu'à ce fils qui est parti, ces païens.

Souvent, on se met d'un côté ou de l'autre, ou bien on met d'un côté et d'un autre, les personnes, les situations, Dieu et nous. Mais les trois personnages nous concernent de manière profonde et intime. Nous sommes à la fois le fils prodigue qui dépense tout, celui qui est pécheur, mais nous sommes également le fils qui est resté avec le père, celui qui peut entendre: tout ce qui est à moi est à toi, mais nous sommes aussi le père. Pourquoi ? Parce que dans la prière du Notre Père, il nous est demandé de faire miséricorde, de pardonner. En effet en nous, il y a de l'homme pécheur et nous nous reconnaissons pécheurs par le sacrement de réconciliation que nous avons vécu ou que nous vivrons durant ce temps de carême comme l'Eglise nous le recommande de se confesser au moins une fois par an. C'est faire comme ce fils prodigue qui revient à l'intérieur et qui se dit : il y a tant de serviteurs qui mangent dans la maison de mon père. Ce n'est pas l'argument décisif pour se dire qu'il faut demander pardon, il faudrait vraiment avoir conscience de son péché, mais Dieu n'en est pas à faire de la comptabilité. Nous sommes pécheurs, parce que de fait, nous partons, nous préférons nous débrouiller nous-mêmes, nous prenons toute la fortune de grâce que Dieu nous donne, et nous la dépensons sans nous rendre compte que nous laissons de côté ce merveilleux don de la vie de Dieu et de sa grâce.

Mais nous sommes aussi ce fils qui reste auprès du père. Peut-être que dans notre vie, parce que c'est une belle chose, il y a de la fidélité. Il y a celui qui est là, humblement, sans prétention, à travailler à la vigne du père, à être régulièrement peut-être dans la prière, aux offices, etc … et on pourrait se dire que de fait, il y a une sorte d'injustice. Et le père dit quelque chose à ceux qui sont fidèles : ce que j'ai n'est pas à moi, c'est à toi, je te le donne, tu l'as toujours eu, tu es toujours avec moi. Cela devrait être une telle joie de savoir que parfois dans notre vie, on a comme des instants de lumière de cette présence de Dieu, et de se rendre compte qu'il est là, présent avec nous, et que Dieu ne nous refuse rien. Et il nous demande seulement une chose, comme son fils qui est resté avec lui, : réjouis-toi du pécheur qui revient. Si nous savions prendre de la joie pour les hommes qui reviennent vers Dieu.

Nous sommes aussi le père. Tout à l'heure nous allons dire le Notre Père : pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Jésus le dit dans un autre passage de l'évangile, c'est à ceux qui ont fait miséricorde qu'il sera fait miséricorde. Nous devons être aussi le père, nous devons recevoir le pardon de Dieu, mais le donner et c'est notre vocation. Nous ne sommes pas des capitalisateurs de la grâce de Dieu, nous n'avons pas à conserver cette grâce pour nous, nous ne pouvons pas la ratatiner et l'enfermer dans un petit principe de vie aussi saint soit-il. Notre sainteté c'est la grandeur de notre miséricorde, de notre magnanimité à l'égard de tous. Nous devons pardonner comme le Père nous a pardonné. Nous devons être cette figure de miséricorde du Père pour nos frères et nos sœurs, pour nos enfants, pour tous, parce qu'avant qu'ils aient atteint le seuil de pouvoir dire : j'ai péché contre le ciel et contre le père, avoir déjà revêtu le vêtement de la grâce, avoir déjà tué le veau gras du festin et de la communion, avoir déjà entonné les chants de fête et de grâce, c'est-à-dire avoir déjà porté l'action de grâces dans l'eucharistie, le don que Dieu nous a fait qui n'est pas pour nous seul, mais pour la multitude.

 

AMEN


 

 

 

 

 
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